Par Mathieu T

pieces_1000Je dois vous l’avouer tout de go, j’ai un rapport ambigu avec la bande dessinée québécoise. D’un côté, je l’aime d’un amour inconditionnel comme un père aime ses enfants et de l’autre, je suis extrêmement exigeant, demandant à la bande dessinée québécoise d’être quelque chose qu’elle n’est pas encore capable de devenir.

Pourtant, elle a tout ce qu’il faut : une histoire, certes mince, mais pleine de vies (Onésime), des figures de proue (Rabagliati), des valeurs sûres (Zviane), des classiques (Doucet). Toutefois, pour un album rare comme Les Derniers corsaires (Houde et Richard, Pastèque) ou La Voix du tonnerre (Villeneuve et Svatek, 400 coups), je tombe trop souvent sur un livre comme Les Pièces détachées (prépublié en quatre chapitres aux éditions Colosse).

Pas qu’il soit mauvais. Au contraire, il est plein de qualités : l’ambiance douce-amère du dessin, le tour guidé tristounet de Montréal, les personnages en demi-teinte et en nuance, le scénario bien ficelé qui raconte le rapprochement entre Laura, jeune musicienne et poète, et son père, longtemps absent. Néanmoins, reste en bouche un goût d’inachevé comme si l’œuvre aurait dû nous porter plus loin. Quand on pose le livre, rien ne nous reste vraiment en tête et en bon idéaliste que je suis, c’est décevant. La bd québécoise a des obligations dont celle, primordiale, de nous donner le goût de relire ses albums.

Au final, Les Pièces détachées est un bon moment de lecture comme un bon sandwich aux tomates ; c’est une satisfaction instantanée, mais vite engloutie et oubliée.

6/10

Les Pièces détachées

Auteurs : David Turgeon et Vincent Giard

Éditeur : La Mauvaise tête 2013

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