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Par Danyrou

 souvenirs-l-empire-l-atome-tome-1-souvenirs-l-empire-l-atomeCe roman graphique scénarisé par Thierry Smolderen et illustré par Alexandre Clérisse est un ovni dans sa catégorie. Souvenirs de l’Empire de l’Atome représente pour les deux auteurs un pari fou, soit de nous entrainer et de nous replonger dans l’univers des récits de science-fiction des années 50-60. Ce qui est très intéressant avec la littérature de genre de cette époque, c’est qu’il s’en dégage un paradoxe de confiance et de peur face au progrès. En effet, l’imaginaire populaire des « fifties » est profondément imprégné à la fois d’une espérance aveugle dans les technologies nouvelles qui semblent pleines de promesses pour l’avenir et l’an 2000. Et de l’autre côté, cette même technologie inspire une certaine inquiétude pour une classe moyenne occidentale naissante, en raison entre autres du contexte de guerre froide et des rumeurs de guerre atomique. Ce qui est fantastique ici, c’est queles Souvenirs de l’Empire de l’atome rendent avec succès l’état d’esprit de cette période du XXe siècle.

Même l’objet en tant que tel respire le rétro; couverture cartonnée mate, pages de garde illustrées de graphiques et croquis futuristes. Le dessin nous fait immanquablement penser aux albums pour enfants de Miroslav Sasek qui faisaient découvrir différentes villes du monde et garnissaient les rayons des bibliothèques scolaires des années 60 et 70.

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Personnellement, j’ai passé plusieurs minutes sur certaines cases, juste pour apprécier les détails et les objets au design futuriste qui nous ramène au temps d’Elvis Presley, de Maurice Richard et du Spoutnik.

Mais assez parlé du graphisme franchement séduisant de Clérisse et racontons brièvement l’histoire qui nous est offerte par Smolderen et qui aurait grandement réjouit le George MacFly de 1955 dans le film Back to the Futur. Le personnage principal, Paul, employé du Pentagone, entretient depuis l’enfance une communication télépathique avec le seigneur Zarth Arn, responsable des archives de l’Empire des étoiles en l’an 121 000 de notre ère. Grâce à son correspondant du futur, Paul sera instruit sur toute la saga de cette civilisation des étoiles et de son soulèvement contre le Dépeupleur, un tyran galactique qui fut abattu par Zarth Arn. Toutefois, lorsque les collègues de Paul découvrent ses schémas et ses diagrammes traduisant l’épopée de l’Empire du 722e siècle, ils le prennent pour un fou (on ne peut s’empêcher de penser à Un homme d’exception avec Russel Crow). Cependant, un certain Zelbub, ancien publicitaire embauché par le département de la défense étatsunien, croit en Paul. Sous prétexte de le guérir de ses problèmes psychologiques, Zelbub décide de manipuler Paul par l’hypnose et d’utiliser son contact avec Zart Arn pour exécuter de noirs dessins.

La trame narrative est selon moi inutilement complexe. Les aller-retours géographiques autant que temporaux peuvent perdre le lecteur distrait surtout que le labyrinthe de lieux et d’époques variées dans lesquelles l’auteur nous fait voyager nous réserve de nombreuses surprises. Soulignons le petit caméo d’André Franquin dans une scène se déroulant dans le Bruxelles de l’expo de 1958 avec l’Atomium en toile de fond. Comme je le mentionnais, l’histoire est tordue (vous dit un lecteur qui n’aime pas de prime à bord les récits de science-fiction), mais l’exercice de style est hautement jubilatoire.

8/10

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Souvenirs de l’Empire de l’atome

Auteurs : Thierry Smolderen (scénario) Alexandre Clérisse (dessins)

Éditeur : Dargaud 2013

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