3488803_6_643d_asterix-chez-les-pictes-sera-le-premier-de_ec354be03d70f48446c618665e36409cPar Mathieu T

Bon. Comme disent les Japonais : « Fô kjmi mèt ». J’ai attendu que la famille se couche, je me suis préparé une tisane au citron, puis, bien installé dans mon fauteuil, j’ai ouvert le livre.

La majorité les lecteurs de BD vont clamer qu’Uderzo a raté ses derniers Astérix et que la crainte de le voir écrire un nouvel album leur donne de l’urticaire. Vrai que le scénario de Le Ciel lui tombe sur la tête est catastrophique. Mais j’avais davantage peur du relâchement du dessin. Uderzo, trop souvent sous-estimé, est un maître du mouvement et de la caricature, au style reconnaissable entre tous, un égal du grand Franquin. Un génie, oui, mais un homme fatigué aux traits de crayon de plus en plus usés.

Et quand j’ai su qu’il tirait sa révérence à 87 ans, j’ai redouté le pire. Qui va pouvoir prendre le relais aux dessins ? Même mou, du Uderzo reste du Uderzo.

J’ai donc religieusement tourné les pages d’Astérix chez les Pictes observant tous les détails, relisant chaque réplique. Puis, peu à peu, la magie a opéré. Je retrouvais les copains gaulois, les Romains débiles et les baffes à la tonne. Et juste pour cette goutte de nostalgie, j’en remercie les auteurs.

Au texte, Jean-Yves Ferri propose une histoire simple, typique de l’univers, où Astérix et Obélix découvrent sur la plage un Picte prisonnier dans la glace, ce qui les amène jusqu’en Écosse à la rescousse de la fiancée de leur nouvel ami. Ferri a bien saisi la mécanique goscinnienne (ex : les jeux de mots dans les noms de personnage) sans toutefois en atteindre les sommets. Il manque cette esquisse subtile des peuples, toujours à mi-chemin entre la blague et la remarque sociologique. Vous vous souvenez des Corses ? Des Helvètes ? Voilà.

Le dessin, par contre, m’a jeté sur le cul. Didier Conrad, dont je connaissais la série Les Innommables, a fait un travail colossal. Regardez la première case de l’album où nos amis traversent leur village enneigé. Une merveille de fluidité. L’œil aime ce qu’il voit. Et ça continue de pages en pages. L’ambiance « authentique » est au rendez-vous. C’est du pur Uderzo.

asterix-chez-les-pictes1Je terminerai en disant que c’est un album imparfait, loin du top 10 et plus proche de La Grande Traversée, mais saupoudré par le désir de ramener nos deux héros sur le droit chemin des classiques d’antan.

7/10

Astérix chez les Pictes 

Auteurs : Jean-Yves Ferri (scénario) Didier Conrad (dessins)

Éditeur : Éditions Albert René 2013

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