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Par Danyrou
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Aujourd’hui, parlons super-héros. Plusieurs font l’amalgame «Super-héros = déguisement préféré des enfants de moins de 10 ans à l’Halloween» ou encore «Adultes s’intéressant aux chevaliers du bien en collant = adolescents attardés, voire peut-être dangereux»…

Détracteurs et bien-pensants, détrompez-vous et réjouissez-vous! Le monde des super-héros à la personnalité simpliste est révolu. Désormais, ceux qui veillent sur New York et sur l’humanité ont maintenant de la profondeur et recèlent une psychologie plus complexe que le vertueux et ennuyant Batman des années 60, que nous repasse la chaîne Prise 2.

Plus sérieusement, il est bon de rappeler que plusieurs auteurs ont révolutionné le genre dès la fin des années 80. Qu’on pense au Batman : Year One, de l’Américain Frank Miller, qui a inspiré Christopher Nolan, le réalisateur de Batman Begins. Ou encore, aux Ultimate Avengers, une série amorcée en 2002 par l’Écossais Mark Millar. Avec ce dépoussiérage du « comic book », on assiste à rien de moins qu’une toute nouvelle ère… et à l’apparition d’un nouveau lectorat essentiellement adulte.

Hawkeye fait partie intégrante de ce renouveau. Même si ses talents d’archer sont extraordinaires, Hawkeye n’a pas de super-pouvoirs. Personnage secondaire des Avengers, aucune BD ne l’avait jamais mis en vedette avant cette série. (La version française nous arrive relativement tôt: les cinq volumes du premier tome et les six volumes du second ont d’abord été publiés aux États-Unis entre octobre 2012 et juillet 2013.) Avec Matt Fraction au scénario et David Aja au dessin, Hawkeye brise tous les stéréotypes. L’alter ego de notre « Œil de faucon », Cint Barton, est attaché à Brooklyn, le quartier où il mène une existence banale et ponctuée de problèmes terre à terre. Même lorsqu’il revêt son costume ajusté et qu’il se bat contre des criminels sans scrupules, on entrevoit toujours derrière son masque le type normal qui pourrait être notre voisin.

Dès les premières planches du tome d’ouverture, on sent que l’on entre dans un univers particulier. Notre héros tombe d’un édifice et réussit in extremis à ralentir sa chute grâce à une flèche bien placée. Il échappe ainsi à la mort, mais il s’écroule tout de même de façon violente sur le toit d’une voiture. La planche suivante nous montre Hawkeye qui quitte l’hôpital après un séjour de six semaines, le corps affligé de multiples fractures. Le ton hors norme de cette BD est donné. On suivra Clint Barton dans une série de petites histoires autonomes. Tout au long des deux tomes, on verra Clint Barton aux prises avec un gang loufoque de ressortissants de pays de l’Est, tous accoutrés de survêtements Adidas, qui menacent de jeter à la rue les locataires de l’immeuble du héros. On suivra aussi ses démêlés amoureux — un flirt avec une rousse incendiaire qui lui attire de sérieux problèmes avec le même gang slave ainsi qu’avec sa copine et deux de ses ex, aussi membres des Avengers, qui lui tombent dessus…

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Clint est attachant, sensible et possède un humour noir redoutable. Il n’aspire qu’à la tranquillité qu’il ne trouve jamais. Un évènement vient toujours perturber une soirée qu’il avait prévu de consacrer à l’écoute de la dernière série à la mode, ou à faire un BBQ et boire quelques bières avec ses voisins sur le toit de son immeuble. Les dialogues sont punchés et drôles. J’ai adoré aussi sa relation avec Kate Bishop, une autre virtuose de l’arc, qui fait partie des Young Avengers et qui se retrouve toujours impliquée dans les aventures abracadabrantes de Clint malgré elle ou tout simplement par solidarité. En voulant donner un aspect réaliste au quotidien de son héros, l’auteur crée des situations inattendues et comiques. Ainsi, lorsque Clint est chargé par le Capitaine America de récupérer une vidéo dans un encan pour gens riches et pas nécessairement recommandables, il lui remet la carte Amex Black des Avengers. On rigole alors franchement en voyant Clint, plus préoccupé par la possibilité de se faire voler ou de perdre la précieuse carte de crédit, que de sa mission. Apprendre qu’un super-héros comme Hawkeye est un salarié des Avengers, qu’il paie des impôts et qu’il touche une assurance maladie, contribue au grand plaisir de cette découverte pour les amateurs du genre.

Sur le plan formel, les dessins de Aja sont épurés et stylisés. Il faut noter que tout son talent s’exprime d’ailleurs dans le génialissime dernier récit du tome deux où le personnage principal n’est nul autre que le chien de Hawkeye. La bête résoudra en partie le mystère sur lequel l’avant-dernier volume du tome 2 nous avait laissés. Nous suivrons les pérégrinations du chien et suivrons le flot de ses pensées à l’aide d’un amalgame de pictogramme d’un grand esthétisme.

9/10

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Hawkeye Tome 1 « Ma vie est une arme » Tome 2 « Petits coups »

Auteur : Matt Fraction (scénario) David Aja (dessin) collaboration pour le tome 1 : Javier Pulidode et pour le tome 2 : Francesco Francavilla, Jesse Ham, Steve Lieber, Annie Wu

Édition : Panini Comics (2013)

 

 

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