Mots-clés

, , ,

Par Danyrou

images-1Après la publication de son génialissime Pinocchio (Fauve d’or Angoulême 2009), une réinterprétation parodique de l’histoire du célèbre pantin, et la réalisation de l’adaptation cinématographique de Poulet aux prunes, de Marjane Satrapi, Vincent Parronaud, alias Winshluss, nous revient enfin avec un autre album déjanté.

Dans In God We Trust, l’auteur nous fait revivre l’histoire sainte à sa façon. Dès la première page, nous sommes happés par un moine rondouillard qui flotte sur un nuage avec le nez rouge distinctif des bons buveurs et une flèche qui transperce sa tonsure. L’homme de Dieu nous accueille en nous annonçant que la fin est proche, car les gens ont oublié les enseignements de la Bible. Il nous propose donc de nous accompagner dans une relecture des Saintes Écritures. Le moine qui finit par se présenter n’est nul autre que Saint-Francky, patron de la bande dessinée et de la bière.

Unknown-1

Le monde de Winshluss est peuplé de ce genre de personnages un peu et beaucoup trash. Les images provocatrices et empreintes d’humour noir s’enchainent à un rythme effréné. Dieu a ici l’allure d’un gros bonhomme jovial à la chevelure et à la barbe blanches. Le Dieu de Winshluss n’a qu’un œil et toujours vêtu du même t-shirt trop court qui laisse déborder un ventre arborant un gros X noir sur le nombril. Les scènes de la Genèse et de l’Exode sont tout aussi trafiquées et mises au service du gag (le buisson ardent devient un buisson radioactif qui donne de super-pouvoirs à Moïse). Dans la Bible de Winshluss, Dieu est toujours prêt a faire la fête et déconner avec son pote l’archange Gabriel, dessiné en ange portant les cheveux longs style hippie et portant des lunettes noires à la John Lennon. Le messager de Dieu entrainera son boss à boire, à prendre de la coke et du LSD. Il lui proposera même de faire une bonne blague à Abraham en lui demandant de sacrifier son fils Isaac. Jésus, pour sa part, est dépeint comme un surfer, hyper entraîné qui glande sur la plage avec ses amis. Lorsque le fils illégitime de Dieu remonte au ciel après la crucifixion, il est accueilli avec une certaine réticence. Jésus entrera donc en pleine crise d’identité où il cherchera désespérément à se rendre intéressant face à son père biologique qui n’avait pas prévu que ce fils, fruit d’une histoire d’un soir avec Marie, rappliquerait un jour.

imagesLa trame narrative de cette bible décalée est divisée en plusieurs petites histoires de quelques pages qui se suivent et qui sont entrecoupées comme, l’auteur l’avait fait dans Pinocchio, par de fausses publicités et de dessins d’humour grinçant. Si l’on voulait comparer Winshluss, il faudrait peut-être le rapprocher de Gotlib pour l’irrévérence et même un peu pour le dessin. Ses personnages sont souvent adipeux, boutonneux, crades. Ses compositions sont cependant parfois chargées.

Personnellement, étant un peu fétichiste du livre comme objet, je salue les efforts de la maison d’édition Les Requins Marteaux qui nous propose ici rien de moins qu’une édition de luxe : couverture imitation cuir bleu foncé, calligraphie toute en dorures, signet en ruban cousu dans la reliure, et j’en passe.

Effectuer un retour sur les présentoirs des libraires après un Fauve d’or, qui est l’équivalent d’une Palme à Canne (où Winshluss a remporté aussi un prix du Jury pour sa réalisation de Persépolis en 2007) n’a rien d’évident. Qui plus est, revenir avec une parodie de l’histoire sainte est à mon avis encore moins évident. Ce concept a été exploré et exploité à maintes reprises. Parfois de façon heureuse, mais le plus souvent fort maladroitement. C’était selon moi un pari risqué car le magistral Pinocchio de l’audacieux Winshluss avait créé beaucoup d’attentes. Néanmoins, je dois dire ici que je n’ai pas été déçu. J’ai passé du bon temps en compagnie de cet album. Le talent de Winshluss, le regard qu’il porte sur nous et sur notre époque lui permet de contourner les clichés et de livrer au final une très bonne bande dessinée.

8/10

130513111742748598

Winshluss

In God We Trust

Les Requins mateaux (2013)

 

Advertisements