Mots-clés

, , , ,

album-cover-medium-21388par Mathieu T

Il existe deux types de lecteurs de séries bédé. Le premier, le patient compulsif, attend calmement que toute la série soit publiée pour la lire ensuite d’un seul trait jusqu’aux petites heures du matin. Il évite de trop regarder les critiques pour conserver la naïveté de son regard. Le second, l’avide branché, vogue avec l’auteur et se procure les livres la journée même de leur sortie en librairie. Il veut tout savoir, lit tout sur la série, essaie de s’en imprégner le plus possible à chaque parution, se retape la collection au complet à chaque fois pour bien en saisir toutes les nuances. Bien sûr, rien n’est immuable et le lecteur peut changer plusieurs fois de catégorie, parfois même pendant sa lecture. Généralement, je suis plutôt du deuxième type mais cette fois-ci, j’ai décidé d’accompagner Frederik Peeters tout au long du chemin.

Voici donc le tome trois de Aâma, une série qui a débuté en 2011. Aâma, c’est de la science-fiction à l’ancienne, celle où les questionnements philosophiques remplacent les duels aux pistolets-laser, celle qui s’attarde davantage au développement psychologique des personnages qu’aux grandes batailles interstellaires. De la bonne vieille science-fiction humaniste à la Stefan Wul, quoi.

L’histoire reste assez simple. Conrad vient chercher son frère Verloc, un paumé fini, pour lui demander de l’accompagner dans une mission de sauvetage scientifique sur une lointaine planète. Bien sûr, au fil des tome 1 et 2, le lecteur comprend peu à peu toute la complexité de la mission et le tome 3 n’y échappe pas avec son lot de révélations dont la nature de cette chose appelée Aâma.

Le dessin de Peeters reste tout aussi fantastique, avec ses hachures sombres à la Charles Burns (X’ed Out) et son trait précis et rétro rappelant celui de Julio Ribera (Le Vagabond des limbes). Son Churchill le robot-singe vaut à lui seul le détour.

C’est le scénario qui m’a laissé sur ma faim. Peeters poursuit avec habileté la déconstruction de ses personnages et nous fait voir l’autre côté du miroir (d’où le titre). Toutefois, le lecteur n’embarque pas dans cette proposition, comme si à force d’ouvrir des portes, Peeters nous perd en cours de route. Il se produit alors un curieux effet pervers, car à force de vouloir épaissir la trame des héros, ceux-ci finissent par devenir immangeables et inintéressants. L’auteur, dans un trop-plein d’idées, échappe alors deux-trois clichés énervants, ce qui est dommage pour une série qui se démarque justement par sa science-fiction hors-norme.

Le quatrième tome rétablira la donne j’en suis sûr, mais finalement, j’aurais peut-être dû attendre que Peeters finissent son œuvre avant de la lire. *

7/10

Aâma tome 3 Le désert des miroirs

Auteur : Frederik Peeters

Éditeur : Gallimard (2013)

* = Pour tout savoir sur la série, Frederik Peeters a créé un très beau blogue sur lequel il a annoncé récemment que le dernier tome de la série était terminé. Voici l’adresse : http://projet-aama.blogspot.ca

Advertisements