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CumulusMathieu T

Même si j’ai bien des amis, je suis de nature plutôt solitaire et je me souviens bien de cette période où, à mi-chemin entre l’enfance et l’adolescence, trop vieux pour les soldats de plomb mais trop jeune pour fumer, j’errais dans le boisé avoisinant à la recherche d’un alter ego imaginaire.

Cumulus nous ramène exactement à ce moment psychologique intense. Le héros, coincé entre un train miniature dont il ne veut plus et les grands du secondaire qui lui font peur, s’ennuie. Ses parents ne vivent plus ensemble et le lecteur imagine bien cette vie d’enfant abandonné. Le garçon se lie alors d’amitié avec un nuage à qui il tente d’exprimer ses joies et ses peines.

Fable intimiste ? Bédé philosophique ? Traité sur la solitude ? Ce n’est pas clair et la lecture du livre en devient un peu frustrante. L’idée de base (le rapport entre l’enfant et le cumulus) est vraiment ingénieuse, mais l’auteur n’arrive pas à choisir son public et bien asseoir son propos ; la thématique est trop complexe pour un jeune mais pas assez développée pour un adulte. J’ai bien senti que Perrault grattait en surface un bobo bien plus profond, mais il s’en est tenu à un traitement général et fade. N’est pas Saint-Exupéry qui veut.

Mon hypothèse est que le monologue du héros (ce qu’il dit au nuage) est totalement inutile. C’est là que le bât blesse. Pourquoi ? Primo, les dessins en soi sont vraiment attachants et emplis d’émotions vives. Traits minces, couleurs discrètes, héros ressemblant vaguement à Gaston Lagaffe, tout contribue à nourrir le regard. Deuzio, les pages sans mot sont pleines de sens, de dits et de non-dits. Perreault a su les faire respirer sans les surcharger. Tertio, les mots, malheureusement, laissent tomber l’auteur.  On a l’impression qu’il essaie trop d’en rajouter et de forcer des explications qui devraient couler de source (il ne faut pas minimiser l’intelligence des lecteurs, même inconsciemment). Quand un illustrateur possède un si beau dessin, « on veut pas le savoir, on veut le voir » (merci Yvon).

C’est un premier album qui nous est livré avec ses forces et ses faiblesses, mais qui donne tout de même le goût de suivre la carrière de l’auteur.

6/10

Cumulus

Auteur : Guillaume Perreault

Éditeur : Mécanique générale (2014)

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