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colere_fantomas_couvpar Mathieu T

Pour quelqu’un de ma génération, Fantômas fait référence au personnage au vilain masque bleu joué par Jean Marais dans les films du même nom. Louis de Funès avait beau s’y démener comme un pauvre diable dans le rôle de l’inspecteur Juve, je garde un souvenir mi-figue mi-raisin de ces comédies où on ne riait pas beaucoup.

Dans les faits, Fantômas est un populaire personnage littéraire créé par Pierre Souvestre et Marcel Allain en 1910-1911. Héros de roman, il a rapidement été adapté au cinéma par Louis Feuillade en 1913. Suit ensuite une multitude de récupérations cinématographiques et télévisuelles. Même la bande dessinée a puisé dans ce riche imaginaire, comme tout récemment les deux fabuleux albums de Benoît Preteseille (Fantômas, le dernier geste – 2008 et L’art et le sang – 2010).

Pourquoi cet engouement monstre de la part du public et de nombreux artistes (dont Cocteau et les surréalistes des années 30) pour quelqu’un qui n’a pas lu les romans ? Fantômas semble représenter cette espèce d’intelligence rebelle, à la fois frénétique et violente, en réaction à une société sclérosée. Loin du gentleman-voleur sympathique, Fantômas, par un génie inouï et un sens effrayant du drame, transforme Paris en immense théâtre du suspense et de l’horreur. Et c’est exactement ce que j’ai ressenti à la lecture de ce nouveau Fantômas.

Le tome 1 débutait avec l’exécution de Fantômas et son retour plus en colère que jamais. Voilà qu’il s’en prend à Paris directement en décrétant qu’il volerait tout son or. Comme il se doit, l’action et le mystère sont au rendez-vous. Qui est cet homme énigmatique et violent qui fait trembler les plus grands ? Les dialogues sont fins, les personnages prennent de l’épaisseur au fil des pages et le lecteur, tout comme l’inspecteur Juve et le jounaliste Fandor, tombent dans les trappes finement placées par le monstre. L’auteur marque avec succès un retour à ce Fantômas d’origine.

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Pour ajouter à cette histoire bien ficelée, je dois avouer que les dessins de la québécoise Julie Rocheleau m’ont complètement scié les jambes. Regardez simplement les couvertures des deux premiers albums et vous constaterez toute l’ampleur de son travail. Elle ne se contente pas de platement dessiner, elle transpose en images toute l’ambiguïté du personnage et toute son horreur. Dans une dominance de teintes orangers, chaque case est un bijou d’ambiance particulièrement dans les scènes de combats où le spectateur haletant doit fermer les yeux pour ne pas se faire éclabousser de sang. Vous lâcherez un léger cri en lisant les deux dernières pages, je vous le garantie. L’histoire de leur Fantômas génialement horrible se terminera au prochain album.

9/10

La Colère de Fantômas tome 2 Tout l’or de Paris

Auteurs : Olivier Bocquet (scénario) Julie Rocheleau (dessins)

Éditeur : Dargaud (2014)

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