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616561-comeprimapar Mathieu T

Qu’est-ce que le classicisme ? Qu’est-ce qu’une histoire ou un dessin «classique» ? Est-ce que c’est une production artistique qui correspond à certains critères dits «classiques» ? Si oui, quels sont-ils au juste ? Et puis, est-ce formidable d’être «classique» ou complètement ringard ?

Pas facile de répondre à ces questions fondamentales, mais elles surgissent spontanément à la lecture de Come Prima d’Alfred. À chaque page, j’ai été tiraillé entre le désir d’embarquer à fond dans ce road-trip fraternel et le refus de me plier à cette rencontre sécurisante. D’autant plus que cette étoile a été LE grand coup de cœur critique de 2013 (avec Blast de Larcenet), terminant sa course folle au Festival d’Angoulême où le livre a remporté le Fauve d’or 2014 (prix du meilleur album). Qui aime bien châtie bien…

Nous sommes dans les années 60. Deux frères, Fabio et Giovanni, se retrouvent après dix ans d’absence à la suite de la mort de leur père. Ils partiront de la France à bord d’une minuscule Fiat jusqu’à retrouver l’Italie de leur enfance.

rue1L’auteur, au CV très éclectique (il nous a donné le très dur Pourquoi j’ai tué Pierre en 2006 et Haut septentrion – Donjon Crépuscule en 2014) a puisé dans sa propre histoire pour nous raconter ce périple sur les routes de l’Italie. Il a mis le paquet. Le récit est prenant dès les premières images. Les dialogues font mouche tout autant que les silences entre ces deux hommes si différents. C’est une quête identitaire, une recherche de rédemption, mais aussi une belle histoire d’amour. Le lecteur y trouve des réflexions sur la fraternité, la paternité, le déracinement, la religion. C’est à la fois dur et drôle. La touche historique ne manque pas non plus à l’appel (qui dit Italie moderne dit fascisme).

Alors, qu’est-ce qui me chicote, me demanderez-vous ? C’est que ce livre se situe exactement là où le lecteur l’attend. Tout, de l’introduction à sa conclusion, est une suite rassurante de tableaux. Oh, il y a des surprises, des revirements de situations, mais même ceux-ci, si chargés d’émotivité soient-ils, semblent à la bonne place. Notre subconscient n’est jamais troublé. Le dessin d’Alfred, lui aussi très réussi, trempe dans le même esprit. Il est beau, coloré et vif, comme l’histoire le demande.

comipiFaites l’exercice suivant. Vous prenez un long chemin pour voir un magnifique paysage. Arrivé à bon port, vous trouvez la vue aussi belle que vous l’imaginiez. Vous vous sentez bien, heureux. La réalité, pour une rare fois, est ordonnée et toutes ses multiples composantes sont à leur place. Vous êtes bien. C’est l’effet que produit la lecture de Come Prima. C’est probablement aussi l’effet que produit une œuvre classique.

Est-ce souhaitable ou non ? À vous de juger. Pour ma part, j’aime bien essayer d’insérer des carrés dans des ronds.

8/10

Come Prima

Auteur : Alfred

Éditeur : Delcourt (2013)

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