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SLAYGROUNDCVRPar Mathieu T

Dans le panthéon des dessinateurs de bandes dessinées, Darwyn Cooke possède son temple à part. Avec son style rétro et son utilisation extraordinaire des couleurs (dont le noir), il est mon demi-dieu.

Né à Toronto, il a d’abord travaillé à la pige sur de multiples projets (dont le storyboard de Batman : the animated series) et a reçu la reconnaissance critique et publique avec la bédé Batman : ego en 2000 et sa revampe de Catwoman en 2001 en compagnie d’Ed Brubaker. Il a fait paraître ensuite son chef-d’œuvre, l’immense DC : The New Frontier en 2004 qui replace nos héros Cooke Batmanpréférés dans les années 50 et qui dresse le pont entre la fin de l’âge d’or de la bédé et le début de l’âge d’argent. À lire A-B-S-O-L-U-M-E-N-T. Tout récemment, il a publié l’histoire des Minutemen dans la série Before Watchmen.

Le voilà qui s’attaque à un nouveau projet. À l’image de Tardi qui s’est approprié les romans de Léo Mallet, Cooke s’est intéressé au travail de l’écrivain américain Donald E. Westlake et plus particulièrement à la série des Parker qu’écrit Westlake sous le pseudonyme de Richard Stark. Parker, c’est de la série noire pur jus, avec gangsters violents, femmes fatales, ripoux avides. Des histoires qui collent parfaitement bien à l’univers de Cooke. En 2009, Cooke publie une première bédé, The Hunter, adapté du roman du même nom. Bingo! Il obtient le prix Eisner pour la meilleure adaptation. Il répète l’expérience avec The Outfit en 2010 et The Score en 2012, récoltant encore une fois une pléthore de prix.

Slayground est la dernière mouture du duo Cooke/Stark et l’amateur de la touche torontoise ne sera pas déçu.

Parker_Slayground-pr-CC-11Sur un fond bleuté et pâle, Cooke travaille encore à merveille les clairs-obscurs et remplit les cases de son noir superbe et si riche. Tout nous donne l’impression de regarder une vieille pub, effet que Cooke accentue avec un plaisir évident : gueule carrée, nez cassé, femme bien roulée. Comme dans les autres albums de la série, la violence est latente et bien présente à la fois, prête à éclater au moindre faux pas. Un cadrage éclaté, souvent surprenant (gros plan ou vue d’oiseau quand le lecteur s’attendrait au contraire) vient couronner un travail exemplaire.

Le scénario démarre sur des chapeaux de roues. Parker, qui, pour ceux qui ne le connaissent pas, est un malfrat spécialisé dans le vol à la tire, attaque avec ses compagnons un camion transportant l’argent d’une riche banque. Malheureusement, le coup foire et Parker se retrouve seul coincé dans un parc d’attraction dont la seule issue est contrôlée par des flics à la morale, disons, élastique.

Malheureusement, cette prémisse alléchante ne tient pas la route et lecteur perd rapidement intérêt. L’action tourne en rond, les personnages, d’habitude attachants ou intrigants, sont pâlots, et la finale ressemble davantage à du Rambo que du McGyver.

Est-ce le roman original qui est faible ? Est-ce l’interprétation de Cooke qui manque de jus ? Difficile à dire, sinon qu’il est un peu triste de voir de si belles cases vides de sens. Comme quoi, Image is not always everything.

Toutefois, ne boudez pas votre plaisir et lisez ou relisez l’ensemble des Parker car Darwyn Cooke est vraiment un as du crayon.

bunn

Malheureusement 7/10

Slayground

Auteur : Darwyn Cooke

Éditeur : IDW Publishing (2013)

 

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