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Par Danyrou :

UnknownÉtrange chose que ce Vaurien qui nous est offert par le bédéiste marseillais Clément Baloup chez l’audacieuse maison d’édition la Boîte à Bulle.

Le premier détail que l’on remarque est cette couverture déconcertant, ou du moins étonnante. On la croirait directement sortie d’un film de kung fu des années 70. Telle une madeleine de Proust, cette composition graphique singulière me rappelle la chambre à coucher de mon cousin adolescent. À la fin de ces mêmes années 70, les murs de la pièce étaient couverts d’affiches de Bruce Lee, sauf un petit coin qui laissait place à un grand miroir en pied où, en jeans Lois et torse nu, mon cousin répétait ses routines au nunchaku devant mes yeux d’enfants complètement impressionnés.

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 Le Vaurien : Les aventures de Mong Khéo s’inspire directement de cet univers un peu kitsch et à l’esthétique on ne peut plus oriental. Ici, Baloup nous plonge au cœur du Vietnam médiéval. Son récit s’ouvre sur Mong Kého, un homme au visage simiesque, plutôt maigre et entre deux âges qui s’attable dans une auberge d’un village perdu en pleine jungle, histoire de faire une pause après plusieurs jours de marche. Son attention est toutefois vite retenue par trois petits durs qui font un mauvais parti à un quatrième jeune qui semble sans défense. Malgré les mises en garde de l’aubergiste apeuré, le voyageur solitaire donne une bonne leçon aux trois fauteurs de trouble qui restent médusés de s’être fait donner une solide raclée par ce papy au faciès de singe. Rapidement, tout le village est au courant et une vieille dame vient voir Mong Khéo qui termine son repas. Elle implorera son aide afin qu’il retrouve sa petite fille disparue depuis deux jours. Réticent au début, le voyageur se fera finalement convaincre par la table bien garnie de la famille de la dame. Il se rendra donc à la ville pour retrouver Phuong en compagnie de Lau, le jeune qu’il a défendu et qui est aussi le fiancé un peu empoté de la disparue.

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Bon, je l’avoue, les histoires de kung fu, même si elles me font revenir avec nostalgie dans ma petite enfance ne sont pas ma tasse de thé de prime abord. Néanmoins, en ouvrant la bédé de Baloup, j’ai accepté d’enfermer ma mauvaise foi à double tour et de sortir ma bonne volonté des grands jours. Mes efforts ont été heureusement récompensés. J’ai tout de même trouvé du plaisir à entrer dans cet univers qui se veut sans conteste un hommage au cinéma de genre (aventure, conte oriental, fable fantastique). Je n’adhère bien sûr pas aux tigres borgnes qui parlent et aux petites virées dans le royaume aquatique d’un serpent des mers, mais je suis conscient que ces aspects fatastico-poétiques sont souvent indissociables du genre. Par conséquent, lors de ma lecture, j’ai cherché quelquefois mes repères.

Cependant, beaucoup d’autres facettes du récit m’ont permis d’en tirer un certain plaisir. Le personnage de Mong Kého, entre autres, est attachant et l’on aimerait en apprendre d’avantage sur celui-ci. C’est un antihéros qui, malgré son sens de la justice, son intelligence et ses habiletés au combat, reste un peu roublard, profiteur, esclave de la bonne chère et de la bouteille – ce qui lui vaudra d’ailleurs son surnom de Vaurien. L’humour des personnages de Baloup est fin et efficace. L’histoire est bien ficelée et comporte tous les nombreux rebondissements auxquels on s’attend dans une telle aventure. Nous sommes donc conviés par Clément Baloup à une expérience de genre illustrée d’un fin graphisme à l’aquarelle qui nous plonge dans un voyage promettant un dépaysement total.

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7/10

Le Vaurien : Les aventures de Mong Khéo

Auteur : Clément Baloup

Éditeur : Boîte à Bulles (2014)

120 pages

 

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