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9782203074019_cbpar Mathieu T

Je ne sais pas pour vous, mais l’automne me rend nostalgique et tristounet. J’ai le goût de me rouler en boule dans un tas de feuilles mortes et de regarder filer les nuages à la recherche du temps perdu. Je fais alors ce que je fais de mieux dans ces moments profonds : lire une bande dessinée.

Admettons que lire un Alix n’est pas le remède parfait pour effacer une envie de retour en arrière, mais l’effet calme la bête. Alix, Alix, qu’es-tu devenu, cher ami ?

Pour la petite histoire, le père du blondinet héros, Jacques Martin, un habitué du Journal de Tintin, a créé en 1948 le personnage d’Alix (le journaliste Lefranc arrivera en 1952). Hergé engagera ce minutieux collaborateur et formera, avec lui et Edgar Jacob, la fameuse « École de Bruxelles », berceau de la ligne claire. Martin travaillera sur les albums d’Hergé jusqu’en 1972.

Il s’évertue à peaufiner son Alix, mais en 1991, presqu’aveugle, il doit abandonner le dessin. Alors scénariste, chef d’équipe, éducateur, il perpétue la tradition belge tout en formant de nombreux bédéistes. Il meurt le 21 janvier 2010.

Comme pour bien des séries, Spirou et Blake et Mortimer en tête, des équipes différentes ont entrepris de continuer l’œuvre du grand maître du péplum. Ainsi, après La Dernière conquête parue en 2013, voici leur cinquième coup d’essai.

Cette fois, nos amis Alix et Enak accompagnent César dans sa conquête de Britannia (Angleterre). Avec eux, Mancios, jeune prince celte dont les parents ont été tués par un usurpateur, rêve de revenir à la tête des Britons. Pendant que César s’embourbe dans des combats à l’issue incertaine, Alix est au centre d’une terrible guerre fratricide. Dans mon lointain souvenir, quand je feuilletais les albums cultes Le dernier spartiate ou Les légions perdues, les morts ne se comptaient pas à la pelle. Il faut croire que nous sommes en 2014.

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C’est un bon petit récit que nous propose Bréda et Jailloux, avec ses intrigues politiques, ses scènes de combat et des personnages pas nécessairement tout noirs ou blancs. La finale laisse un goût amer en bouche, phénomène étrange pour une bédé qui cible plutôt les jeunes. J’aurais aimé voir Alix être un élément de résolution plutôt que de subir l’action comme une feuille glissant sur le courant d’une rivière. J’aurais aimé aussi qu’on modernise cette fâcheuse tendance à décrire les cases à grands coups d’encadrés jaunes. J’imagine que cette révolution n’aurait pas respecté le style Martin.

J’ai été davantage déçu du dessin. En regardant l’album rapidement, le lecteur peut facilement prendre des vessies pour des lanternes, mais le diable est dans les détails et Martin était un dieu de la précision. Plongez-vous les yeux dans une case et vous sentirez le coin rond à plein nez : des visages aux traits mal définis, des bateaux aux lignes qui s’estompent trop vite et surtout, Ô toi l’impie, comme si Jailloux avait voulu éviter de se mouiller, aucune trace d’éléments architecturaux ou de scènes grandioses (qu’aimait tant dessiner Martin). Vous savez, celles qui faisaient notre bonheur de ti-cul.

Tiens, voilà que mon spleen automnal s‘est envolé. Toujours pertinent le Alix ?

6/10 

Alix – Britannia

Auteurs : Mathieu Bréda et Marc Jailloux (scénario) Marc Jailloux (dessins)

Éditeur : Casterman (2014)

48 pages

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