Mots-clés

, , , , , ,

Par Dany Rousseau

172614_aj_m_1287Depuis que l’humain a porté la famille au cœur de son organisation sociale, il trouve dans cette structure une source inépuisable d’inspiration pour se raconter, se projeter et se représenter. De tout temps, la famille constitue une zone émotive intense. Lieu apaisant et de bien-être pour les uns, elle peut représenter un territoire miné à haut risque pour les autres. C’est là toute la problématique autour de laquelle gravite le drame psychologique écrit par la bédéiste suédoise Asa Grennvall, Album de famille. L’ouvrage publié aux éditions L’agrume est le deuxième roman graphique de l’auteure traduit en français. Très populaire en Suède, Asa Grennvall est considérée comme la chef de file d’un mouvement de femme bédéistes qui renouvellent le médium au pays de Mats Sundin (ou d’ABBA, c’est selon).

Ce psychodrame s’ouvre sur un évènement ayant provoqué l’explosion d’une famille composée de quatre membres : Leif, le père, Gun, la mère, et les deux adolescentes. Mari, l’aîné, a 18 ans et traverse une période difficile. En révolte contre ses parents, l’école, la société, c’est une jeune femme fragile et hypersensible. Ragnar, un ami de la famille, se rend chez Leif et Gun de façon régulière tous les weekends et y est toujours accueilli chaleureusement. Cependant, lors de ses visites souvent bien arrosées, Ragnar s’éprend passionnément de Mari qui deviendra vite la principale motivation de ces réunions hebdomadaires. Ne l’apercevant toujours qu’en coup de vent, il rêve du moment où il pourra un jour partager avec elle un instant d’intimité. Le grand soir arrive enfin un samedi. Alors que tout le monde a trop bu, Gun charge Mari de raccompagner leur ami en voiture. Durant le trajet, bien aviné, Ragnar tentera de toucher Mari qui le repoussera et l’abandonnera au bord de la route. Dès lors, tout s’emballe et la famille éclate. Ragnar, n’ayant pas accès à Mari, séduira finalement Gun qui abandonnera enfants et époux pour l’agresseur de sa fille!

7006976-10719506

Cette bande dessinée est construite comme une œuvre théâtrale, séparée en cinq actes et un prologue. Se déroulant une dizaine d’années après les évènements, chaque acte est consacré à la version de l’incident des cinq acteurs de ce drame choral. Ragnar, Gun, Mari, Leif et Stina nous racontent par de longs monologues, quelques dialogues et flashbacks leurs interprétations des faits et leurs conséquences sur leur vie. Ils expriment leurs frustrations, leur amertume, leur traumatisme depuis cette époque. Grennvall souligne à gros trait l’incommunicabilité entre membres d’une même famille et les blessures qui ne veulent pas cicatriser.

On peut affirmer que le scénario de Asa Grennvall est d’une vérité criante dans l’expression des émotions de ses personnages. Leur psychologie est finement ciselée et authentique. Toutefois, c’est beaucoup trop verbeux. Les nombreux monologues et les longes répliques de dialogues sont souvent lourds et ennuyants. J’ai été incapable d’embarquer complètement dans ce lourd drame à la sauce scandinave. Les personnages sont froids et n’attirent pas l’empathie. En bref, c’est du solide drame psychologique qui trouvera son lectorat. Toutefois selon mes critères d’appréciation, c’est beaucoup trop bavard et lourd. De plus, le dessin naïf de Grennvall m’a laissé de glace ce qui n’aida en rien ma lecture difficile.

6/10

Album de famille

Auteur : Asa Grennvall

Éditeur : L’Agrume

102 pages

 

 

 

 

 

 

Advertisements