Mots-clés

, , , , , ,

Par Dany Rousseau :

UnknownUn cimetière, une nuit douce, une pluie fine, au pied d’une pierre tombale la terre remue. Une main surgit et puis une tête. Le zombie qui se relève de son cercueil ne comprend pas trop ce qui lui arrive. C’est ainsi que débute 23h72 une nouveauté automnale de la toujours surprenante maison d’édition Pow pow qui nous offre la première publication en couleur de son catalogue. L’auteur Blonk est un nouveau venu dans le monde de la bande dessinée et je découvre son univers avec grand plaisir.

Comme je le disais, tout commence alors que Jean-Christophe décédé depuis neuf mois se réveille et sort de son tombeau sans trop savoir ce qui lui arrive. Machinalement, il se rend chez lui où il découvre que son amoureuse surprise de le voir (avec raison) a refait sa vie avec un autre homme. J.C se sentant trahie se rend à la boutique de bédé de son ami Stef. Lui aussi, étonné de voir J.C revenir d’entres les morts, l’accueille malgré tout à bras ouverts et compatit à ses déboires amoureux. Stef invite même son ami zombie chez lui, histoire de le dépanner, au grand désespoir de Marie sa conjointe. Cette dernière pose des problèmes, car elle n’accepte pas d’avoir un cadavre sur son divan, même si du temps de son vivant elle appréciait bien J.C. Une fois installé chez Stef et Marie, J.C essaiera de profiter de sa deuxième chance et de réussir sa vie après la vie, mais tout ne sera pas si simple.

23h72_05

Vous l’aurez compris, nous sommes dans cet univers déjanté et surréaliste que j’affectionne tant. Les dialogues et les répliques sont géniales. Les cases sont fluides, Blonk possède un bon sens du mouvement. L’esthétique et le graphisme sont intéressants, simples, mais efficaces. Que dire de plus? Tous les éléments sont là pour passer un bon moment de lecture. C’est le sentiment que j’ai eu jusqu’à la moitié du livre. Après, une surprise de taille m’attendait. Sans crier gare, Blonk change complètement le ton de son histoire. De très bonne comédie, la bande dessinée se transforme lentement et étrangement en tragédie et me laisse un peu pantois.

Je n’en veux pas à l’auteur de tenter de nous déstabiliser et de nous surprendre. Au contraire, ce procédé narratif qui consiste à changer de style au milieu d’un récit a été de nombreuses fois expérimenté avec succès en littérature ou en cinéma. Ce qui m’agace ici c’est que l’auteur se débarrasse complètement de la prémices qu’il avait si brillamment installée. Je ne comprends pas qu’à partir de la page 51 la part de l’intrigue où J.C-le-zombie-revient-parmi-les-vivants est complètement évacuée. J.C pourrait tout aussi bien revenir de neuf mois passés à la Légion étrangère, d’un voyage initiatique en Inde ou d’un « road trip » sur le pouce vers les BC, ça n’aurait aucune incidence sur les évènements. Son apparence grisâtre, ses aires d’épouvantail ahuri, son costume d’enterrement au début drolatique n’ont plus aucune résonance dans l’histoire lorsque l’on quitte le registre comique. Ses attributs mortuaires deviennent alors presque ridicules à partir du moment où plus aucun personnage ne se rappelle que J.C est un « mort vivant ». Ce n’est pas une mauvaise bande dessinée. Blonk est de toute évidence un bédéiste prometteur qui je le répète, possède un sens du dialogue redoutable, mais je ne comprends pas ce qu’il a voulu faire. En feuilletant perplexe mon livre après ma lecture, mon attention s’est reportés sur la citation que Blonk a placée au début de sa bédé. C’est une citation du psychiatre-psychanalyste français Boris Cyrunlnik : «L’invention picturale ou la fantasmagorie littéraire permettent de supporter le réel désolé en apportant des compensations magiques. » Peut-être avons-nous dans cette phrase effectivement un début de réponse, mais je reste dubitatif sur la question.

 

7/10

images

23h72

Auteur : Blonk

Éditeur : Pow pow (2014)

112 pages

 

Advertisements