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FarOut_a5e71409-f3d7-4eaf-8b54-380e0833a8f1_mediumpar Mathieu T

Un type marche lourdement dans le sable chaud d’une plaine déserte. Il est perdu. Un vautour l’observe de loin. Son bras gauche est disloqué et pend mollement. La lumière de ses yeux est faible. Soudain, un nuage de poussière au loin. Il fait de larges signes. Foncent alors vers lui quatre types lourdement armés assis sur de rapides montures. Le type comprend qu’il aurait dû se cacher et que les emmerdes vont commencer.

Avouez que vous êtes un tantinet intrigué ? Et si je vous demande de remplacer le mot « type » par le terme « robot » ? Vous voilà assurément dans le coup comme moi ! C’est tout le génie de l’auteur Gautier Langevin d’avoir réinterprété Sergio Leone à la sauce robotique. Car c’est bien de cette idée folle qu’il s’agit : réussir un mélange classique de western spaghetti en le peuplant de robots. Pour notre bonheur, tous les éléments savoureux y sont : le héros amnésique, les bandes rivales, le village mené d’une main de fer par un shérif violent, les trésors introuvables.

Le lecteur ne s’offusque pas de voir trois malfrats s’envoyer des verres d’huile derrière le gosier au saloon du coin car l’univers de Gauthier est cohérent, présent, tout en restant discret. Il ne joue pas la carte de l’humour ou de l’incongruité. Tout est à sa juste place. Davantage, l’auteur introduit au compte-gouttes dans son intrigue des éléments qui permettraient de croire qu’il y a une raison pour laquelle ce monde est peuplé de robots. Alléchant, non ?

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Le dessin est à la hauteur du concept. Dès la page couverture, Olivier Carpentier place l’ambiance : une palette de couleur sablée et des subtiles jeux d’ombre, mais surtout des chapeaux sales, des Colt Walker 1847 chargés, des longs manteaux couverts de poussières et des robots, à qui il réussit à accrocher des gueules et des émotions. Carpentier flirte lui aussi avec l’esprit Leone et comme son compère, évite l’écueil de la pure copie sans âme. D’ailleurs, nous vous recommandons de feuilleter le très beau sketchbook inclus à la fin du volume pour apprécier toute l’étendue de son savoir-faire.

Trop souvent, la bande dessinée se résume à un travail mécanique, mais ici les deux auteurs ont eu du plaisir à créer leur monde et leur bonheur est hautement contagieux à la lecture. Chaque page est un délice. Far Out (tome 1) est au final une heureuse surprise dans un genre qui semblait être épuisé et l’une des belles productions québécoises de l’année.

9/10

Vous pouvez aller lire la suite de cette fascinante histoire puisque Far Out est un web-comic que vous retrouverez sur l’excellent site de diffusion kimiq.com lui-même rattaché à la maison d’édition Lounak.

Auteurs : Gautier Langevin (scénario) Olivier Carpentier (dessins) 

Éditeur : Lounak (2014)

66 pages

 

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