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Par Dany Rousseau 

UnknownCouronné à Angoulême en 2006, pour son génial Notes pour une histoire de guerre (Acte Sud), le talentueux bédéiste italien Gipi voit présentement son œuvre remise au goût du jour par les éditions Futuropolis. Baci dalla provincia, précédemment publié en italien en deux tomes entre 2005 et 2006 est offert en français en un seul volet sous le titre de Bons baisers de la province.

Les deux récits intitulés ; Les Innocents et Ils ont retrouvé la voiture sont indépendants l’un de l’autre et sont structurés comme des nouvelles littéraires ayant comme point d’ancrage commun le passé. Un passé qui s’invite dans le présent sans crier gare, au cœur d’une province italienne paumée, grise, déprimante.

Dans Les Innocents, Giuliano, qui doit emmener son neveu de 10 ans, Andrea, au parc d’attractions voit son programme changer subitement alors que son vieil ami d’enfance Valerio demande à le voir dans les plus brefs délais. Ayant grandi dans un quartier difficile, les deux amis ont connu la loi de la rue, les petits délits et les policiers ripoux. C’est d’ailleurs deux de ces flics qui brisèrent le jeune Valerio lors d’une arrestation arbitraire. Par conséquent, c’est un ami confus, marqué et sortant à peine de prison que découvrent Giuliano et Andrea. Les dialogues étant une force de Gipi, il est réjouissant de lire les échanges entre l’oncle et le neveu dégourdi. Rythmée entre piques, blagues et anecdotes, une belle complicité finit par transparaître entre l’adulte au passé délinquant et l’enfant fasciné qui protège Giuliano face aux inquiétudes de sa mère.

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Le deuxième récit, Ils ont retrouvé la voiture, est d’avantage fidèle aux règles du polar. Plus littéraire, la narration prend une plus grande place. Très bien écrite, presque poétique par moment, cette nouvelle nous raconte comment deux ex-complices d’un gros coup, effectué sept ans auparavant, doivent revenir sur leur crime passé afin d’éliminer définitivement les preuves pouvant les inculper. Ce qui signifie, vous l’aurez compris, se débarrasser de témoins gênants. Après avoir réglé le problème du complice qui était responsable de cacher la fameuse voiture, l’histoire nous entraine là où nous n’aurions pas cru aller. L’intrigue frôlera la métaphysique. Une longue conversation s’engagera entre les deux petits truands: l’un croyant et l’autre pas débattront de l’existence de Dieu, de l’enfer et de la damnation.

Gipi nous donne finalement deux très bons récits d’une trentaine de pages ayant chacun comme thème majeur la perte de l’innocence. L’auteur, qui raconte tout en lenteur, en appuyant sur les ambiances, fait du même coup subtilement monter la tension en crescendo jusque vers une fin qui nous étonne dans les deux histoires. Bref, c’est le genre de bédé à laquelle on repense quelques jours après sa lecture. Le dessin bichrome de Gipi sied à merveille à ses personnages aux nez aquilins souvent mal rasés, tout autant qu’aux paysages et au ciel lourd de cette province que l’on voudrait bien fuir.

 8/10

Bon baiser de la province

Auteur : Gipi

Éditeur : Futuropolis (2014)

70 pages

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