Mots-clés

, , , , , , , , , , , ,

Par Dany Rousseau

UnknownJe suis un peu comme vous, cher lecteur. Lorsque j’ai entendu le nom de la famille Carter pour la première fois, j’ai froncé les sourcils. Toutefois, lorsque l’on m’a fait remarquer que June Carter, la femme de Johny Cash, appartenait à ce clan de musiciens, le brouillard commença à se dissiper. J’ai compris avec plaisir que La famille Carter, Don’t Forget This Song allait me transporter aux origines de la musique country.

Le roman graphique du journaliste étatsunien Frank M. Young et de l’illustrateur David Lasky, publié pour la première fois en français par La Pastèque, nous fait découvrir rien de moins qu’une page méconnue de l’histoire de la musique populaire. Ce trio sorti tout droit des champs de tabac de la Virginie, composé d’Alvin Pleasant Carter, de sa femme Sara ainsi que de la cousine Maybelle (mère de June et virtuose de la guitare) deviendra grâce à sa créativité et son talent un pilier central du country et du folk contemporain — notamment en réarrangeant des hymnes religieux et des airs folkloriques quasi oubliés, collectés en rase campagne par Alvin. Les trois musiciens deviendront entre 1926 à 1943 de véritables vedettes, remplissant les salles, enregistrant de nombreux disques et animant une émission de radios diffusées partout en Amérique.

images

Du coup, en assistant à l’ascension de la famille Carter nous plongeons aussi dans le monde rural de la « Bible Belt » à l’époque de la Grande Dépression. Même si la mère Carter soupçonne le violon d’être l’instrument du Diable, la musique interprétée par A.P., Sara et Maybelle aura l’effet d’un baume sur l’incertitude et la souffrance que connaissent les agriculteurs qui ont tout perdu et les ouvriers en chômage. Par conséquent, même si le succès est au rendez-vous, les Carter, tout comme leurs spectateurs, ne rouleront jamais sur l’or en raison d’un contexte socio-économique difficile pour tout le monde.

Comme je l’ai mentionné dans une autres chronique, j’ai toujours eu certaines craintes face aux bandes dessinées biographiques. Souvent trop courtes et mal découpées, elles me déçoivent souvent. Toutefois, le travail de Young mérite toute mon admiration. Les 186 pages nous racontant la passionnante carrière de la famille Carter sont divisées en 43 courts chapitres entremêlant les histoires personnelles, les enjeux artistiques, les anecdotes, etc. Savamment dosé, chacun de ces aspects de la vie des Carter rend le récit généralement fluide. Cependant, le scénario est parfois alourdi par des détails moins pertinents qui ralentissent l’action; on reste sur l’impression que Young tient absolument à exploiter sans discrimination la totalité des dix années de recherche qui ont précédé cette oeuvre, quitte à appesantir le récit avec des banalités. Quant au travail de Lasky, il peut à l’occasion rappeler celui du dessinateur canadien Seth. Ouvertement inspiré du graphisme des années trente, le trait de Lasky facilite notre plongée dans les années 30.

Unknown-1

 

 

 

 

 

 

 

Cette bande dessinée saura-t-elle plaire aux non-initiés en matière de musique country? Je dirais sans hésiter que oui. La famille Carter est avant tout un bon récit qui nous raconte une histoire de famille touchante, d’une classe sociale et d’une époque particulière. De plus, j’ajouterai que quiconque est né en Amérique du Nord, que ce soit aux États-Unis, au Canada ou au Québec, possède en lui une petite corde sensible qui vibre au son de cette musique du terroir. Même si plusieurs tentent de l’étouffer. Allez! Avouez le, chacun de nous ne s’est-il pas déjà surpris, lors d’une longue balade en voiture, à siffloter une rengaine d’Elvis, de Bob Dylan, de Neil Young, de Vincent Vallières, de Martha Wainwright ou de Fred Fortin qui sont tous, à différents degrés bien sûr, des héritiers de la famille Carter.

7.5/10

La famille Carter, Don’t Forget This Song

Auteur : Frank M. Young (scénario) David Lasky (dessin)

Édition : La Pastèque (2014)

192 pages

Advertisements