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Capture-d’cran-2014-07-14-10.51.36-212x300Les légendes du Tour

Par Mathieu T

23 juillet 1989. 21e et dernière étape du Tour de France. Un ado scotché à son écran de télévision. Le Français Laurent Fignon, mon favori, possède 50 secondes d’avance sur l’Américain Greg Lemond. Dans cet ultime affrontement titanesque (un contre-la-montre), Fignon se vide corps et âme, mais perd par huit secondes aux mains de son adversaire. Il s’écroule de rage et de douleur sur les Champs-Élysées.

La défaite du Français représente pour moi nostalgique (certains diront réactionnaire), la fin de l’âge d’or du Tour et son entrée dans la post-modernité, mené par la science et la publicité. Fignon, queue de cheval et lunettes cerclées d’or, avait été mangé par l’ogre technologique au casque futuriste. Depuis ce jour funeste, je regarde d’un œil distrait les tribulations des équipes Sky ou US Portal, peu intéressé à m’investir dans le débat sur le dopage.

Voilà que l’illustrateur hollandais Jan Cleijne publie en 2013 un livre sur les légendes du Tour qui retondît entre mes mains (soit la version française de 2014). De quoi raviver la flamme…

Le livre est divisé en 10 chapitres plus ou moins longs et s’attarde à raconter l’histoire du Tour par l’entremise de ses grands champions. L’exercice aurait pu s’avérer pénible et didactique, mais au contraire, Cleijne a pondu une œuvre d’art qui se dévore rapidement, puis se déguste tranquillement pour en savourer toutes les saveurs.

Son travail d’illustrateur est phénoménal. Par exemple, pour présenter les débuts du Tour, il utilise des dessins sépia usés par le temps exactement comme si le lecteur regardait un film muet. Puis, à mesure que l’auteur avance dans son récit, les couleurs font leur apparition et les traits de crayon sont de plus en plus précis, comme si le fait d’approcher notre époque rend les événements plus limpides dans sa tête. Sa démarche semble aussi suivre l’évolution de la photographie.

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Cette symphonie de vignettes est tout en fluidité, malgré la quasi complète absence de bulles. Les cases explicatives, elles aussi très rétros (style Jacob), se moulent délicatement à l’ensemble. L’Histoire est parfois tragique, parfois drôle et parfois haletante, jamais ennuyeuse. Cleijne montre bien que ces monstres à roues sont toujours prêts à revenir dans le combat éternel de l’homme contre lui-même.

Je dirais que les deux derniers chapitres, judicieusement intitulé Un intérêt croissant et Le cyclisme moderne, sont plus faibles, comme si Cleijne s’était, tout comme moi, désintéressé du sujet plus récent et avait voulu en finir au plus vite, gardant la magie de son dessin pour « l’ancien temps » (ici, c’est le réactionnaire qui parle). 

 

Les légendes du Tour

Auteur : Jan Cleijne

Éditeur : Paquet (2014)

152 pages

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