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Par Dany Rousseau

@ Emmanuel Lepage

@ Emmanuel Lepage

« L’Antarctique, le sixième continent. Quatorze millions de kilomètres carrés. Un dôme de glace enchâssé dans un socle rocheux. Le continent le plus sec, le plus froid, le plus difficile d’accès. Le continent des superlatifs. » À elles seules, ces phrases donnent le vertige. Elles nous permettent de saisir, dès la première page de La Lune est blanche de François et Emmanuel Lepage, que notre lecture sera une expérience peu banale. En effet, les illustrations, les textes, les photos des deux frères font de ce fantastique album un catalyseur d’immersion total qui nous catapulte au cœur de l’Antarctique, où la nature dicte encore ses règles à l’homme.

Le récit à la fois impressionniste et informatif est à l’origine une idée d’Yves Frénot, directeur de l’Institut polaire français et passionné de bande dessinée. Ayant connu Emmanuel lors d’un précédent projet traitant des îles australes françaises (Les îles de la désolation), Frénot proposa au bédéiste la réalisation d’un livre portant cette fois-ci sur la station de recherche Dumont d’Urville en Terre-Adélie. Du coup, emballé par l’idée d’être intégré à une mission scientifique polaire sur le continent, Emmanuel songea spontanément à inviter son frère photographe afin de concrétiser le projet commun dont ils rêvaient depuis longtemps.

@Emmanuel Lepage

@Emmanuel Lepage

 

En terminant cette bédé, nous sommes étreints par l’épuisante sensation d’avoir pleinement vécu le voyage avec les deux auteurs. J’ai angoissé avec eux alors que leur bateau ne trouve pas son chemin sur la banquise, compromettant la mission. J’ai rencontré leurs compagnons de voyage: océanographes, zoologues, météorologues, sismologues qui m’ont raconté le but de leur travail au poste de Dumont d’Urville. J’ai aussi participé avec eux à l’aventure du « raid », ce convoi composé de dameuses et de tracteurs géants, chargés trois fois par été de relier et d’approvisionner la base scientifique franco-italienne de Concordia. Les Lepage auront l’opportunité de participer à cette folle équipée, véritable exploit technique et humain, en conduisant eux-mêmes un de ces mastodontes transportant les 480 tonnes de matériel indispensable aux chercheurs. Sur 1200 kilomètres, roulant à une vitesse de 10 km/h durant 12 jours et en parcourant des dénivelés de 3200 mètres à des températures avoisinant -50 degrés Celsius, Emmanuel et François, à l’aide de leur art respectif, font découvrir au lecteur ébahi des paysages à couper le souffle. De plus, l’expérience du « raid » ne se contente pas d’être exclusivement graphique, mais est aussi profondément humaine. Grâce aux portraits des Lepage, ces chauffeurs-mécaniciens de l’extrême qui les accompagnent et qui parcourent cette piste plusieurs fois par année, souvent au péril de leur vie, deviennent de mystiques héros des glaces.

 

Emmanuel est un dessinateur talentueux, mais aussi un conteur brillant. Possédant à la fois une sensibilité touchante et une grande rigueur journalistique, il fait de La Lune est blanche, un documentaire dessiné d’un immense intérêt et d’une formidable qualité. Les photos de François, pour leur part, sont en constante résonance avec les dessins et les textes du frangin. Une symétrie parfaite existe entre les deux médiums.

@ Emmanuel Lepage

@ Emmanuel Lepage

 

Vous l’aurez deviné, je ne trouve rien à redire à cette véritable œuvre d’art parfaite comme un flocon de neige nouveau-né. En abordant La Lune est blanche, vous tenez, selon moi, un futur classique du genre. À lire sans retenu les mitaines aux mains, le souffle glacé et les yeux emplis de poésie méridionale.

10/10

 La Lune est blanche

Auteurs : Emmanuel Lepage (scénario et dessins) François Lepage (photos)

Éditeur : Futuropolis (2014)

255 pages

 

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