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Couv_219894par Pedro Tambièn

Un manga culinaire. Quand Mathieu T m’a proposé de lire le deuxième tome de cette série et d’écrire une chronique à ce sujet, j’ai sauté sur l’occasion. Je m’attendais à une expérience de la trempe de Relish, My Life In The Kitchen ou encore du Bestiaire des fruits de Zviane (lui-même inspiré de l’univers des mangas). Finalement, après une lecture aussi désagréable qu’un vers solitaire, j’en suis ressorti avec une indigestion carabinée.

Tout d’abord, il est très surprenant que cette série ait été réalisée par une femme. Les protagonistes féminins sont hypersexualisés (le chapitre intitulé « Quand la fillette boit son lait » a quelques pages franchement dérangeantes) mais aussi naïfs, unidimensionnels et, dans le cas de la femme qui tient le rôle principal, silencieux. Léa Clermont-Dion ne serait pas fière d’elle.

Nous sommes très loin des comics plus modernes comme Supreme Blue Rose d’Ellis et Totay (une histoire psychédélique où la majorité des personnages sont des femmes décidées alors que les hommes ne comprennent rien au fondement de l’univers sans elles) ou même Ms. Marvel des excellentes Wilson et Pichelli (le récit très rigolo d’une adolescente musulmane ultra-geek du New Jersey qui découvre de nouveaux pouvoirs qui transforment sont corps). Tellement loin que l’on croirait ce manga écrit et dessiné par un collectif d’adolescents en rut.

Pire, l’aspect culinaire de ce manga est tristement inintéressant. Le personnage principal est une femme mystérieuse, sans nom, aux lèvres pulpeuses et à la bouche très souvent grande ouverte. Son pouvoir ? Tout le monde, de l’éternel célibataire à la bi-curieuse qui va voir un match de baseball, tombe amoureux d’elle lorsqu’elle partage sa passion pour la nourriture.

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L’occasion de se délecter devant des plats typiquement nippons aurait pu être belle. Or, on n’a que rarement droit à des plats de ce pays à la gastronomie légendaire. La Lolita silencieuse mange un grilled cheese (le seul chapitre réussi), des frites, un gâteau de Noël, une pomme enrobée de chocolat… Où est le plaisir de la découverte du Gourmet Solitaire, sublime fresque japonaise d’un promeneur en quête de sensations gustatives. Pour se faire pardonner, Takada propose quelques interstices avec des graphiques nutritionnels sur les frites et le mochi, informations qu’on aurait pu trouver facilement dans un blogue. Contrairement aux personnages de Bruce Wayne ou Clark Kent dont le physique peut trahir leurs identités secrètes, vous aurez du mal à croire que la jeune Sanko Takada en charge du scénario et des dessins et qui avait 28 ans lorsqu’elle a commencé à publier Mangeons !, est diététicienne le jour et mangaka la nuit.

Au final, quelle déception ! Il y a tellement de mangas intéressants sur le marché, mais cette série nous ramène les stéréotypes qui minent la réputation de ce vénérable style de bédé.

2/10

Mangeons ! tome 2 

Auteur : Sanko Takada

Éditeur : Casterman (2014)

178 pages (dont 161 de trop)

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