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source : La femme léopard, éd. Dupuis 2014.

par Mathieu T

Contrairement aux comics américains, où un personnage ou une série peut être retravaillée sans soucis par une armée d’artistes, la relation entre un héros et son créateur est davantage rigide dans la tradition franco-belge. Souvent, la mort du « père » ou son désir d’arrêter le travail marque une étape vers une nouvelle équipe de collaborateurs. Mais à quel prix. Les nouveaux Lucky Luke, Astérix, Achille Talon, etc. sont systématiquement cloués au pilori par lesdits traditionalistes.

La série Spirou et Fantasio est un cas particulier. Créée par Rob-Vel, reprise par Jijé, élaborée par Franquin, politisée par Fournier, popularisée par Tome et Janry, elle n’est pas l’apanage d’un seul auteur (même si plusieurs considèrent la période Franquin comme la meilleure) mais d’une multitudes de voix et de points de vue.

Davantage, Dupuis a développé une série parallèle afin de permettre à d’autres artistes de venir retravailler la mythologie Spirou dans un contexte plus libre que la série canonique. C’est d’ailleurs dans cet environnement que s’inscrit La femme léopard.

L’album se situe directement après Le groom vert-de-gris, premier essai réussi de Yann et Schwartz, en pleine reconstruction d’après-guerre en 1946 à Bruxelles. Fantasio est toujours journaliste à la petite semaine et Spirou est retourné travailler à l’hôtel Moustic. Voilà qu’une nuit, sa route croise celle d’une femme déguisée en léopard à la recherche d’une rare idole.

Bien que l’idée d’un Spirou alcoolique soit bizarre, l’action démarre sur des chapeaux de roues dès l’apparition de cette mystérieuse femme (dont le déguisement rappelle celui de l’anioto dans Tintin au Congo) poursuivit par des espèces de cyclopes lumineux encore plus étranges. Le récit respire les volutes des mystères de l’Afrique et de la culture rétro-nostalgique.

OS+Y, Spirou

source : La femme léopard, éd. Dupuis 2014.

 

Bizarrement, ce qui avait si bien marché pour Vert-de-gris, tombe à plat ici, comme si Yann s’était dit qu’en doublant la dose, l’album serait deux fois meilleur. Effet pervers, c’est le contraire qui se produit. Le lecteur est enseveli sous une tonnes de poursuites sans queue ni tête, de personnages plus ou moins intéressants, d’une orgie de clins d’œil et de référence (les gags avec Boris Vian sont d’une évidence) enrobés dans un scénario qui s’emballe comme un cheval fou.

Le dessin de Schwartz, toujours bien ancré dans les années 40, accompagne cette course débridée sans fléchir. Curieusement, c’est lui qui nous permet de reprendre notre souffle quand notre œil s’arrête sur les intrigants cyclopes ou sur la sensualité violente de la femme léopard.

Les dernières pages indiquent que l’action du deuxième tome se déplacera ailleurs qu’en Europe. Espérons que Yann saisira cette occasion pour ralentir le bateau.

6/10

La femme léopard 1/2

Auteurs : Yann (scénario) et Olivier Schwartz (dessin)

Éditeur : Dupuis (2014)

64 pages

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