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Par Dany Rousseau

Lounak (2014) Rodier & Cécile

Lounak (2014) Rodier & Cécile

Lorsque je pense purgatoire, je songe toujours au diorama que le curé Folbèche présente fièrement à ses paroissiens dans le film Les Plouffe de Gilles Carles. La maquette animée et éclairée représentant les âmes désespérées léchées par les flammes infernales possédait à l’époque tous les arguments pour donner à réfléchir aux bons catholiques terrorisés. Heureusement, le Purgatoire d’Yves Rodier et Cécile Brosseau publié chez Lounak s’avère un peu plus frais. Le duo franco-québécois, après s’être découvert une passion commune pour les personnages de Peanuts, a eu le goût de travailler ensemble afin de produire une bédé directement inspirée par l’univers de Charlie Brown et sa bande.

C’est ainsi qu’est né un récit mettant en scène la vie quotidienne de Zach, Perpetue, Épipode et Rudolph, des personnages d’enfants allumés au regard faussement naïf et lucide sur la condition humaine. Toutefois, la vraie bonne idée dans cette aventure est celle du purgatoire en tant que tel. Réinterprété par Rodier et Cécile, l’endroit s’éloigne des flammes de l’enfer du curé Folbèche et devient plus subtil et, à sa façon, plus terrifiant.

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Lounak (2014) Rodier & Cécile

Après des vies marquées par le sang et le meurtre, les âmes de Brutus, Bonnie Parker, Attila le Hun et Dracula sont condamnés au purgatoire qui se matérialisent ici non pas en souffrance innommables, mais en réincarnation dans la peluche d’un toutou! Ces charmants personnages – en apparence — pour une raison ou une autre aboutiront entre les mains de Perpétue, la petite sœur de Zach, qui sera la seule à pouvoir interagir avec eux. On se rend rapidement compte que ces personnages historiques (sauf Dracula qui est le personnage de fiction et non pas le comte du XVe siècle) n’ont rien compris et continuent à tenter de foutre le bordel. Nous assisterons à des séances de torture sur une pauvre poupée mexicaine, à une bataille pour s’emparer de la hotte du père Noël ou à une tentative d’évasion. Bref, ils ne cherchent qu’à faire de mauvais coups et causent des problèmes à Perpetue qui paie souvent pour leurs bêtises en se retrouvant punie dans son parc.

Lounak (2014) Rodier & Cécile

Lounak (2014) Rodier & Cécile

 

 

 

 

 

 

Si l’idée des peluches personnifiées est bien exploitée dans ce premier tome, le volet « bande d’enfants » m’agace. Certes, Rodier et Cécile revendiquent leur inspiration, mais la ligne est mince entre l’hommage, le clin d’œil et l’imitation. Les similitudes avec l’univers Peanuts, même assumées, finissent par irriter. La personnalité de Zach, le personnage principal, ressemble trop à Charlie Brown. Épipode, son amie, a des airs incontestables de Lucy. Les scènes d’écoles où Zach, de profil à son pupitre, s’adresse à une enseignante invisible, sont directement du copié-collées. Sans parler de la petite fille brune (au lieu de rousse) qui fait perdre tous ses moyens à Zach…

Lounak (2014) Rodier & Cécile

Lounak (2014) Rodier & Cécile

Même si certains gags sont efficaces, même si l’idée des peluches-purgatoires est brillante, je fus incapable, tout au long ma lecture, de me débarrasser de cette impression de déjà-vu. Je ne peux m’empêcher de penser à Mafalda de Quino ou Calvin et Hobbs de Watterson qui ont utilisé aussi à leur façon le ressort humoristique de l’enfant à la réflexion adulte, mais qui se sont complètement affranchies de leur inspirateur. Toutefois, à la décharge de Rodier et Cécile qui sont deux bédéistes talentueux et accomplis, Purgatoire en est seulement qu’à son premier tome. D’autres chapitres s’ajouteront et s’éloigneront peut-être de leurs étouffantes racines, pour donner quelque chose de vraiment original. À suivre.

6/10

Purgatoire 

Auteurs : Yves Rodier et Cécile Brosseau

Éditeur : Lounak (2014)

86 pages

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