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source : Chevaliers du pardon tome 4, éd. Dargaud, 2014.

par Mathieu T

Le début des années 90 est marqué par un grand vide pour la communauté des geeks (dont votre serviteur faisait et fait toujours humblement parti). Au cinéma, nous venions de nous taper l’horrible Superman 4 (1987) et la Menace fantôme n’arrivera qu’en 1999. Le premier roman de Games of Thrones verra le jour en 1996 tandis que côté bédé, la parution du Grand pouvoir du Chninkel semblait bien loin (1988).

Par un jour froid de 1993 apparût sur les tablettes la Complainte des landes perdues, tome 1, Sioban. Au volant, le prolifique Dufaux et l’épatant Rosinski, qui avait délaissé un Thorgal mal en point. Malgré des défauts flagrants, l’album comblait un besoin et ce fut l’amour immédiat.

De cette première tétralogie, je retiens surtout l’apparition de Seamus, le mystérieux étranger appartenant à la encore plus étrange religion des Chevaliers du pardon. Personnage secondaire intrigant, j’étais resté sur ma faim concernant ses origines. Jean Dufaux, répondant encore à mon appel à l’aide du talentueux Philippe Delaby, publie en 2004 Moriganes, un nouveau cycle sur les Chevaliers. Yé !

Avec Sill Valt, les compères closent leur histoire sur les aventures d’un Seamus apprenti et de son maître (ledit Sill Valt). Dufaux, en habile raconteur, parvient à raccorder tous les bouts de ficelles de l’intrigue tout en conservant le charme épique de la série : actions sanglantes, magie noire, amour impossible. La finale, qui propose d’ailleurs un habile pont avec la première série, est d’une tristesse profonde. Dufaux a toujours dit qu’il était plus proche de Shakespeare que de Tolkien et le lecteur le ressent.

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source : Chevaliers du pardon tome 4, éd. Dargaud, 2014.

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source : Chevaliers du pardon tome 4, éd. Dargaud, 2014.

Mais au delà de l’art, il y a la vie, pas toujours heureuse. En pleine production de l’album, Philippe Delaby décède subitement en janvier 2014 à l’âge de 53 ans. Il en était à la planche 33. Delaby, travailleur méticuleux, maître du réalisme et du détail, aux couvertures d’album à couper le souffle, avait fait sa renommé avec la superbe série Murena. Pendant ma lecture de Sill Valt, je vous avoue avoir pris une pause à la planche 33, puis être retourné au début de l’album en m’attardant strictement aux dessins. Ils sont simplement superbes.

Delaby a été remplacé à pied levé par le coloriste Jérémy Petiqueux, l’un de ses disciples et un habitué du travail de Dufaux. Ce dernier, dans un mot très touchant en introduction du livre, fait un fin parallèle entre Seamus, son maître, Delaby et Jérémy.

Ma foi, le critique perd parfois son objectivité quand la frontière entre la fiction et la réalité devient impossible à distinguer. Un album à visiter avec pudeur.

8,5/10 (ou ce que vous voulez)

Sill Valt – Les Chevaliers du pardon tome 4

Auteurs : Jean Dufaux (scénario) Philippe Delaby et Jérémy Petiqueux (dessins)

Éditeurs : Dargaud (2014)

54 pages

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