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Moi-assassincouvpar Pedro Tambièn

Grand Prix de la critique ACBD (association des critiques et journalistes de bande dessinée) de 2015, Moi, Assassin démarre sur les chapeaux de roue : une citation de Sade en prélude, un meurtre dès la troisième case. Il n’y aura pas beaucoup de scènes joyeuses dans ce livre et le lecteur n’en sortira pas indemne.

Tout est percutant dans cette bande dessinée, à commencer par le style. Les auteurs utilisent plusieurs scènes en zoom-in extrêmes pour révéler par exemple le sourire carnassier de quelqu’un qui se réjouit de la mort d’un autre personnage. Les pages sont en blanc et (surtout) noir, marquées de rouge quand il y a du  sang ou lorsque apparaissent des objets représentant le début ou la fin des sentiments amoureux du personnage principal.

En plus des dessins très austères de Keko (qui rappelle parfois le Croate Daniel Zezelj), le lecteur retrouve dans plusieurs cases, sur le mur d’un appartement ou encore dans la projection d’une conférence universitaire, les représentations d’œuvres d’art très violentes telles la Crucifixion de Grünewald ou Saturne dévorant un de ses fils de Goya, en plus d’autres très sombres de Valdès Leal, Urrabieta ou Otto Dix.

Pourquoi ? Enrique Rodriguez Ramirez, l’assassin narrateur du livre, est professeur d’histoire de l’art dans une université du Pays Basque, où se tractent des manigances politiques pour en chasser ceux qui ne soutiennent pas l’ETA. Nous avons droit à des débats sur l’art, la politique et le terrorisme, avec en fond de trame des meurtres, des relations adultères et d’autres vices cachés.

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Le scénario d’Antonio Altarriba est habilement ficelé. Même si la narration est très présente, nous vivons parfois des moments plus fins, comme cette poignante scène silencieuse où, en deux pages, le lecteur comprend vite qu’Enrique et sa femme n’ont plus rien en commun depuis longtemps.

Altarriba et Keko assument parfaitement le sujet de leur création. Sur la page de présentation, leurs portraits ont les yeux rouge-sang comme le protagoniste à plusieurs moments-clés de l’histoire. Cependant, les auteurs ne font absolument pas l’apologie du meurtre. Le personnage principal ne semble avoir aucune qualité, ni aucune chance de se repentir.

Pendant la lecture absorbante de ce livre, nous avons l’impression d’être coincé dans une prison glauques, qui est en fait la propre vie d’Enrique qu’il considère comme un « holocauste permanent », où personne ne semble comprendre l’art en général, et plus particulièrement le sien, à sa façon.

9/10

Moi, Assassin

Auteurs : Antonio Altarriba (scénario) Keko (dessins)

Éditeur : Denoël Graphic, 2014

134 pages, noir, blanc et sang

 

 

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