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Little Tulip, éd. Le Lombard, 2014.

par Mathieu T

New York, 1970. Spécialiste des portrait-robots, Paul travaille pour la police. Son talent particulier est de saisir en quelques secondes et en trois coups de crayons la personnalité d’un criminel et son visage. Il connaît la violence sous toutes ses coutures.

Moscou, 1947. Le petit Paul vit avec sa famille dans un modeste appartement. Son père est un artiste qui a toujours rêvé de travailler avec le grand Eisenstein. Bonheur quotidien jusqu’au jour où ils se retrouvent enfermés dans un train pour la Sibérie, accusés d’intelligence avec l’ennemi.

Little Tulip est l’un de ces rares livres qui, dès les premières pages, placent le lecteur en état de fébrilité comme le pêcheur qui entrevoit l’éclat d’une perle par la mince ouverture de son huître. L’anticipation de participer à une grande aventure artistique est grisante.

Malheureusement, au quart du livre (page 23 exactement), de manière subtile et inconsciente, le plaisir fait place au doute puis au ronron intellectuel de la lecture raisonnable. Non pas que le livre est inintéressant, au contraire, mais la déception d’avoir frôlé l’inatteignable le rend linéaire et un peu plat. Peut-être aurait-il fallu quatre livres pour développer cette fascinante histoire, mais Charyn passe très vite sur certains éléments (l’arrestation du père ou les Bad Santa absolument inutiles) pour ne s’attarder que sur un seul : les camps de prisonnier. Ce déséquilibre n’est pas racheté par la violence inouïe qui traverse le livre. Comme je le dis souvent, à force de trop vouloir taper sur le même clou, on provoque l’effet contraire. Et puis, cette finale mystique. Ouf…

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Little Tulip, éd. Le Lombard, 2014.

 

Boucq, par contre, est toujours aussi génial. De Jérôme Moucherot à Bouncer, il a su garder une constance reconnaissable tout en évoluant. Ici, son crayonné est magistral et plein de vie et ses gueules de bagnards édentés admirables. L’ombre de Giraud n’est jamais bien loin. Mention d’honneur aussi à son filleul Alexandre Boucq pour les couleurs bien chaude enveloppant un récit si mortel.

Je comprends pourquoi l’œuvre a été nominé à Angoulême cette année mais n’a rien remporté. Elle porte en elle toutes les graines du nirvana sans jamais l’atteindre.

7/10

Little Tulip

Auteurs : François Boucq (dessins) Jerome Charyn (scénario)

Éditeur : Le Lombard – collection Signé (2014)

84 pages

 

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