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source : Le Sculpteur, éd. Rue de Sèvres, 2015

par Pedro Tambièn

Le soir de son anniversaire, David, un sculpteur de 26 ans qui est déjà en déclin, noie sa tristesse et sa solitude dans la boisson. Alors qu’il rencontre par hasard un oncle qu’il n’a pas vu depuis bien longtemps, il lui dit tout haut ce que beaucoup d’artistes pensent tout bas : il donnerait sa vie pour pouvoir créer tout ce qu’il veut sans limite. Ça tombe bien; David ne parlait pas réellement à son oncle, mais à une entité surnaturelle prête à exaucer son vœux à une condition : il ne lui restera plus que 200 jours à vivre. Ça tombe mal; une heure après la proposition, il rencontre Meg, qui s’avèrera être la femme de sa vie.

On ne se le cachera pas, l’histoire est fantaisiste : la Mort est présente, l’Artiste peut créer ce qu’il veut de ses propres mains, la Femme qu’il aime descend du ciel dans une scène à couper le souffle. Cependant, le style de dessin sobre et la postface qui révèle la triste histoire derrière le choix du nom de Meg ramènent le lecteur sur terre.

Le personnage principal est un sculpteur à l’ancienne et vit difficilement le floue des frontières entre l’art et le commerce; nous avons donc droit à quelques discussions entre différents personnages sur ces sujets. Malheureusement, la profondeur des débats et les exemples artistiques qui servent à illustrer les arguments ne tiennent pas la comparaison avec ce qu’on pouvait lire et voir dans Moi, Assassin, la bédé qui a gagné le Prix de l’ACBD à Angoulême en début d’année.

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source : Le Sculpteur, éd. Rue de Sèvres, 2015

 

Cet aspect-là, ainsi qu’une couverture originale un peu fade (la version française est plus artistique et moins “photoshopée”) et le lettrage un peu trop “années 90”, sont surprenants pour un roman graphique créé par Scott McCloud, connu pour sa  trilogie Understanding / Reinventing / Making Comics où il décortique les méthodes derrière la magie du 9e art.

Ces critiques sont minimes quand on ne retient que le cœur du livre qui est, finalement, une fantastique histoire d’amour. Tous les personnages, autant le couple maudit que leurs amis et connaissances, ont leurs défauts mais restent attachants. La dynamique entre chacun d’eux est très réaliste malgré le côté surréel de l’histoire.

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source : Le Sculpteur, éd. Rue de Sèvres, 2015

 

Ce roman graphique de près de 500 pages se lit très facilement, car McCloud sait parfaitement utiliser les changements de rythme pour rendre le récit passionnant. D’ailleurs, la finale (70 dernières pages) est une des plus frénétiques que j’aie eu le plaisir de lire de mémoire de bédéphile.

9/10

Le Sculpteur

Auteur : Scott McCloud

Éditeur : Rue de Sèvres (2015)

488 pages, noir, blanc et bleu

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