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max Winson 1

source : éd. Delcourt, 2014.

par Pedro Tambièn

Qui est ce géant qui prend toute la moitié d’un terrain de tennis sur la couverture?

C’est un « adulescent », génie du sport de raquette, surentraîné par son père maniaco-possessif. Max n’a jamais perdu une seule partie de tennis de sa carrière professionnelle et ses succès font de lui une légende vivante du tennis et deviennent la base d’un empire commercial. Mais son père n’est jamais satisfait après ces matchs à sens unique; lui non plus.

Alors que la carrière du prodige est déjà établie, plusieurs événements font dérailler sa vie. Tout d’abord, une journaliste qui cherche à se faire un nom tente de créer une polémique en lui posant « les vraies questions » et en l’humiliant sur la place publique. Ensuite, son père a des ennuis de santé et il lui faut trouver un nouvel entraîneur. Finalement, Victor Conciliados, un joueur surentraîné comme Max, mais issu d’une dictature étatique et non familiale, le force à un duel dont l’issue, si Victor perd, sera la mort.

Jérémie Moreau est connu pour avoir dessiné Le Singe de Hartlepool, magnifique roman graphique (un des meilleurs des dernières années) tiré d’un épisode peu glorieux de l’Histoire, durant lequel un singe, seul survivant du naufrage d’un navire de guerre sur les rives anglaises, est pris pour un Français par les villageois puis traîné en justice.

Max Winson 2

source : éd. Delcourt, 2014.

 

Cette nouvelle bédé sur le tennis est la première création scénaristique de Moreau. On sent l’ambition derrière la trame narrative, mais l’ensemble n’est malheureusement pas très subtil : le personnage principal gagne tous les matchs de tennis et a des problèmes avec son père ? Vous ne devinerez jamais son nom : Max… Win… Son. Son ennemi, dans ce premier tome, s’appelle Victor Conciliandos et provient du Vincera, un pays qui ressemble à une caricature d’une dictature communiste. Les termes « Conciliandos » et « Vinceras » sont une approximation en latin de « Vaincre ensemble ». Trop, c’est comme pas assez.

Cependant, plusieurs scènes sont fortement réussies, comme celles où l’on pénètre dans l’imaginaire de Max, ou encore les séances d’entrainement avec son nouveau coach, de plus en plus loufoques et inquiétantes. Jérémie Moreau a de l’expérience dans le cinéma d’animation (il a notamment participé au travail de design des personnages dans Détestable Moi 2), et on sent le côté déjanté derrière certains de ses concepts. L’élément épique des matchs ou des entraînements, ainsi que l’engouement autour de cette vedette peut nous permettre de faire le parallèle avec certains moments-clés de la série Last Man, sur laquelle Mathieu T avait déjà écrit des éloges méritées.

Même si j’ai éprouvé moins de plaisir à lire le début de cette épopée que le bidonnant Match de Gregory Panaccione, la finale de ce premier tome, entre le délire fantasmagorique et l’angoisse dramatique, promet une suite intéressante. Le tome 2 sortira plus tard en 2015. J’ai hâte de voir si elle retombera dans la non-subtilité et le prévisible, ou si, au contraire, elle continuera dans la lignée de la finale, avec un côté plus libre pour l’histoire et le personnage.

7/10

Max Winson, tome 1 : La tyrannie

Auteur : Jérémie Moreau

Éditeur : Delcourt (2014)

160 pages en noir et blanc

 

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