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source : Chimo, éd. Cambourakis, 2015.

par Mathieu T

Il y a de ces ouvrages qui sont de drôles de bibittes, difficile à catégoriser et à comprendre, un peu à l’image de leur auteur. Chimo est-il un ouvrage d’humour ? Une autobiographie ? Un reportage sérieux ? Une étude sociologique ? Impossible à dire sinon que c’est un joli méli-mélo.

David Collier est un bédéiste canadien né en 1963 qui a publié de nombreux comics et anthologies dans de multiples publications dont le Globe and Mail. Il a aussi illustré, entre autres choses, certaines histoires du American Splendor d’Harvey Pekar. Avant que sa carrière ne prenne son envol, il a servi dans l’armée canadienne. Voilà que dans la quarantaine, il décide de joindre à nouveau l’armée via le programme d’art des forces canadiennes.

Sur un ton léger, même si le sujet peut être sérieux, Chimo est une chronique des trois années de Collier dans les Forces, mais aussi une réflexion sur la place de l’armée dans notre société. Bien sûr, une tonne d’anecdotes ponctue le livre, mais le lecteur pourra en dégager certains grands traits très bien nuancés :

-le point de vue canadien anglais sur l’armée par rapport à celui historiquement anti-militariste des Québécois.

-une très belle revue de l’histoire canadienne des artistes de guerre qui date du début du 20e siècle.

-une réflexion sur l’endoctrinement, la vie après l’armée, les types de soldats (ni ange ni meurtrier), les soldats issus du milieu rural vs ceux du milieu urbain et la réaction des familles face à la mort de leur proche.

Aux yeux de Collier, loin d’être un fanatique militaire, l’armée est un outil pour devenir quelqu’un, comme une espèce de cours pour la vie.

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source : Chimo, éd. Cambourakis, 2015.

Le dessin noir et blanc de Collier, imprécis, hachuré à la Crumb, tout en mouvement, donne l’impression d’avoir été créé en direct (ce qui a été le cas pour certaines pages bien sûr). Nous assistons fascinés au travail de l’artiste.

Cet effet dynamique atténue l’écrasant bavardage du récit qui, malheureusement, alourdie passablement la lecture. Beaucoup trop de texte décentre la ligne conductrice du propos qui devient hors-focus ; le lecteur s’y perd parfois, comme devant un ami qui veut tout raconter en même temps. Dommage.

Un propos fascinant et un dessin dynamique véhiculé par un char d’assaut qui tire partout.

7,5/10

Chimo

Auteur : David Collier

Éditeur : Cambourakis (2015)

128 pages

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