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source : Le voleur de livres, éd. Futuropolis, 2015.

par Mathieu T

1953. Paris. La ville termine de lécher ses plaies de guerre et se lance dans toutes sortes d’aventures folles. Le Bebop fait son apparition chez les disquaires et les cafés enfumés deviennent les nouveaux champs de bataille intellectuels où s’affrontent existentialistes, surréalistes, nihilistes, communistes et avant-gardistes. Au centre de ce bouillon de culture plane l’ombre gigantesque de Sartre et celle minuscule de Daniel Brodin.

Ledit Brodin s’installe à Paris pour étudier le droit, mais est un féru de poésie. Il rêve de devenir Rimbaud ; il écrit et fréquente la petite intelligentsia de Saint-Germain. Il aime bien faucher des livres dans les librairies. Un soir, dans un bistrot bondé, pour impressionner une demoiselle, il récite un poème italien inconnu au bataillon. Le succès est fulgurant et de voleur, il devient aussi fraudeur.

Ce coup de génie le mènera à fréquenter la troupe des Temps modernes mais aussi, ironie du sort, de véritables artistes fauchés, libertaires et anarchistes. Brodin, dans toute sa splendeur mensongère, oscillera entre l’un et les autres.

Allessandro Tota a pondu une histoire absolument fascinante. Par l’entremise de son anti-héros, il nous plonge au cœur de ce Paris nocturne où se croisent poètes ratés, crapules cultivées, mafieux à cravate, traîne-savates, intellectuels prétentieux. Les débats sur la nature de l’art et sur l’essence de la vie sont vifs et les phrases chocs ne manquent pas.

« Travailler, c’est pour les cons. » (p.22)

« Voyez-vous, nous pensons que la poésie, il ne suffit pas de l’écrire, il faut aussi la vivre. » (p.68)

« Pour qu’une chose me plaise, elle doit me faire peur. Au point que je me chie dessus. » (p.121)

Le lecteur se laisse porter par Brodin, qui navigue maladroitement parmi cette faune vorace et croise parfois, au détour, Jean Genêt ou Gaston Gallimard. « Mais qu’est-ce que la poésie ? » demanderons-nous en cœur avec les protagonistes du récit. Une mode passagère ? De l’art à l’état brut ? Un cri de la jeunesse ? Et qui sommes-nous au juste…

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source : Le voleur de livres, éd. Futuropolis, 2015.

Le trait de Pierre Van Hove, noir et blanc, nerveux et précis, décrit bien la vie parisienne et imprègne rapidement le lecteur. Dès la première case, nous plongeon à nos risques et périls.

Seule ombre au tableau, bien personnelle. J’aurais aimé une fin moins lourde, comme si les auteurs, en montrant bien où pouvaient mener les choix de Brodin, avaient senti le besoin d’appuyer sur leur crayon pour s’assurer d’être clair, au contraire du reste du bouquin, à la magnifique rhétorique irrationnelle.

Pour le poète ignoré en vous.

9/10

Le voleur de livres

Auteurs : Alessandro Tota (scénario) Pierre Van Hove (dessins)

Éditeur : Futuropolis (2015)

170 pages

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