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Par Dany Rousseau :

Casterman (2015) Coste

Casterman (2015) Coste

En janvier 1910, Paris connut la pire inondation de son histoire. La Seine, qui ne pouvait plus contenir son lit, déborda dans plusieurs arrondissements et devinrent par la même occasion des répliques de Venise. L’étrange ambiance créée par ses évènements, illustrés par plusieurs photographies d’époques, donna l’idée au bédéiste Xavier Coste d’y faire dérouler une histoire glauque à la sauce polar. À la dérive, inspirée d’un fait divers, raconte l’histoire d’Eddy et Agatha, un couple d’Américains aux prises avec des dettes de jeux dans un Paris paralysé par les eaux. Ayant dix jours pour rembourser 20 000 francs, à bout de ressources, Eddy doit s’avouer vaincu. Il ne pourra rembourser à temps la somme exigée et risque sa peau et celle de son amoureuse.

Ne possédant nullement le profil d’un criminel, Eddy décide de monter un coup pour dévaliser la American Express Bank. Il recrutera deux apaches – nom que l’on donnait aux voyous parigots en ce début de siècle – qui acceptent d’embarquer dans son projet. Évidemment, le vol à main armée qui devait être facile dérapera. En plus d’une bonne partie du magot tombé à l’eau, les bandits laisseront sur les lieux du crime le cadavre d’un gardien. Le couple fuyant vers l’Angleterre sera séparé malgré eux par l’arrestation d’Eddy, condamné à perpétuité au bagne. Agatha plus chanceuse réussit à s’échapper avec le butin.

Casterman (2015) Coste

Casterman (2015) Coste

De prime à bord, l’idée de fusionner le coup de l’American Express Bank réalisé en réalité en 1903 par un couple de cambrioleurs irlandais (Eddie Guerin et Chicago May) et la crue « centennale » de 1910 est géniale. Les dessins magnifiques à l’aquarelle de Coste, aussi peintre, plantent un décor flirtant avec le mystère et l’irréel. Les scènes de l’Opéra Garnier et de la tour Eiffel sont époustouflantes. Les bleus, les gris et les jaunes contribuent à créer une ambiance aquatique et inquiétante. Auteur de deux précédentes bédés biographiques se déroulant à la même période (Egon Schiele et Rimbaud chez Casterman), Coste est sans conteste un amoureux de la « Belle époque ». Plusieurs cases jouent avec les codes picturaux de l’Art nouveau, ce que j’ai grandement apprécié.

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Casterman (2015) Coste

Cependant, j’ai quelques reproches à faire au scénario. Le dernier tiers du récit est nettement plus faible. Il se relâche et l’impression que j’avais dès le départ que la narration à la première personne marquait étrangement une distance avec le lecteur s’accentue. On s’attache peu aux personnages qui restent froids et désincarnés. La fin sans être bâclée est trop précipitée. En trois coups de cuillère à pot, tout est réglé. Clairement, À la dérive aurait nécessité quelques pages supplémentaires pour ne pas terminer notre lecture avec l’impression que l’auteur en avait assez de son histoire.

Bref, la question au cœur de toute critique reste toujours la suivante : je me procure ou pas cet album? Si vous acceptez qu’un scénario qui démarre fort, mais qui se dégonfle au dernier tiers soit sauvé par l’aspect graphique incontestablement magnifique et que les illustrations jouent au bout du compte le rôle du personnage principal, je vous dis sans hésiter d’ajouter À la dérive à votre bédéthèque.

6.5/10 Pour les amoureux du scénario — 9/10 Pour les amoureux du dessin.

À la dérive

Auteur : Xavier Coste

Édition : Casterman (2015)

72 pages

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