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source : La révolution Pilote. Éd. Dargaud, 2015.

par Mathieu T

Le journal Pilote. 1959-1989. À son apogée, c’était plus de 200 000 copies vendues par semaine. Le journal Pilote, c’était Astérix, Achille Talon, Blueberry, Valérian. C’était Jijé, Pratt, Tardi, Bilal. Mais en 1968, soufflé par le vent révolutionnaire qui balayait la France, un groupe de dessinateurs décide de renverser le pouvoir représenté par René Goscinny et Jean-Michel Charlier, corédacteurs en chef.

La révolution Pilote est le projet de deux hommes,  Éric Aeschimann et Nicoby, qui désiraient en savoir plus sur les années Goscinny de Pilote et vérifier une théorie : ce brassage intense a donné vie à la bande dessinée adulte. Pour se faire, les deux compères ont rencontré tour à tour les principaux acteurs de la pièce (ceux encore vivant bien sûr, Goscinny nous a quitté en 1977) : Gotlib, Fred, Mandryka, Giraud, Druillet et Bretécher.

Ils nous plongent dans un monde fascinant. Tout en essayant de confirmer leur thèse, les auteurs reviennent sur les débuts des bédéistes, la vie au journal, les réunions d’actualités, la personnalité de Goscinny, l’ambiance de l’époque et bien sûr, le nœud gordien du drame, la fameuse réunion de mai 1968. Le livre se dévore.

Ce travail historiographique est très riche sur le plan explicatif. D’abord parce que chaque bédéiste donne sa version des faits (pas toujours en accord les unes avec les autres). Ensuite, et remercions les auteurs d’être restés relativement neutres vis-à-vis leurs sujets, c’est le point de vue de gens quarante ans après les événements avec ce que ça implique de réflexion et recul, mais aussi d’hésitations, d’oublis (in)volontaires et d’agacements. Aeschimann et Nicoby n’hésitent pas à nous montrer Gotilb repentant et Druillet irrité. Et tous ces grands, sans exception, tracent un portrait complexe de Goscinny, véritable figure paternelle.

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source : La révolution Pilote. Éd. Dargaud, 2015.

J’aurais voulu que ce soit un livre parfait, mais j’ai accroché à un détail. Les dessins sont un peu quelconque (il y a de belles cases, mais aussi beaucoup de remplissage), ce qui est dommage quand on a Giraud ou Druillet comme sujet. Tout est pardonné car c’est surtout le propos du livre qui importe.

Non, malheureusement, la place des interviewers dans la bédé est problématique, eux-mêmes fébriles à en savoir davantage, mais n’arrêtant pas d’intervenir sans arrêt dans l’histoire, parfois avec des mécanismes humoristiques affligeants. C’est très énervant, brise le rythme et n’ajoute rien à l’histoire. Mais le lecteur pardonne aussi vu la qualité du travail documentaire.

Au final, drame oedipien, tragédie lacanienne, histoire de la bédé sans concession, un livre à vivre d’une traite.

8/10

La révolution Pilote

Auteurs : Éric Aeschimann (scénario) Nicoby (dessins)

Éditeurs : Dargaud 2015

142 pages

 

 

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