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Par Pedro Tambien :

imageAh le futur ! Ce concept qui nous fait rêver depuis des siècles à des voitures volantes, des sociétés utopiques, une liberté totale…

Si on en croit les aventures de Marty McFly ou l’agent Deckard, nous devrions déjà être témoins d’avancées majeures dans la robotique et la génétique et pouvoir utiliser des planches-sans-roulettes-mais-volantes. Force est d’avouer qu’en 2015, en voyant nos enfants collectionner des trash packs et nos voisins hipsters faire du monocycle en tenant leurs bâtons à selfie, nous semblons être dans un univers parallèle où la préhistoire a duré plus longtemps que prévu.

The Private Eye, scénarisé par Brian K. Vaughan et dessiné par Marcos Martin (qui a récemment illustré des histoires de Daredevil), propose un futur particulier. 2026 est l’année de l’explosion du « nuage » durant laquelle toutes les données supposément confidentielles ont été rendues publiques. Cela entraîne la population à rejeter tous les médias sociaux et le partage d’informations personnelles. L’Internet est banni, ce qui permet aux scientifiques d’arrêter de perdre du temps sur twitter et d’inventer finalement ces &?%$ de voitures flottantes.

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50 ans plus tard, toujours attachés à leur anonymat, les adultes se promènent dans la rue avec des masques. Logiquement, la police et les médias fusionnent et le métier de détective privé ressemble fortement à celui d’un paparazzo.

Le personnage principal, Patrick Immelman, est justement un mélange entre photographe à potins et « private investigator » comme les initiales de son faux nom l’indique. Il vit chez son grand-père qui, atteint par la maladie d’Alzheimer, pique régulièrement une crise de nerfs lorsqu’il pense que le routeur ne marche pas. Dans le premier épisode de la bédé, Patrick se fait recruter par Taj McGill, une très belle femme qui lui demande d’enquêter sur elle-même, car elle veut vérifier si elle a bien caché ses vices et mauvais contacts. Or, la cliente du détective se fait tuer le soir-même de leur rencontre. Patrick se rend compte qu’il y a anguille sous roche et qu’il devra participer à une histoire beaucoup plus vaste et dangereuse que ce que Taj prétendait.

image copieThe Private Eye n’est pas une des œuvres majeures de Brian K. Vaughan; il serait très difficile d’atteindre le niveau de Saga, Y The Last Man ou encore Pride of Baghdad. Cependant, la facilité avec laquelle il crée un futur impressionne et attise l’imagination du lecteur. Il y a très peu de scènes d’exposition et nous rentrons dans le vif du sujet avec très peu de flashbacks. Le récit aux dialogues passionnants se devine par des sous-entendus, des accessoires utilisés par des personnages secondaires, des commentaires marmonnés par le grand-père sénile ou un trip de morphine de notre privé préféré.

Lorsque Vaughan lui proposa de créer une série sur l’absence d’Internet dans le futur, Marcos Martin, adepte de l’humour espagnol, lui répondit : « Dans ce cas, il faut la publier exclusivement sur Internet ». Ils créèrent un site de distribution de webcomics et les lecteurs paient le montant qu’ils veulent pour télécharger un numéro. Aussi, la série, étalée sur 10 numéros, était conçue spécifiquement pour être lue sur une tablette, avec des pages en largeur et un format proche du 16/9 cinématographique.

image copie 3The Private Eye a commencé à être publiée en 2013 et le 10ème numéro qui clôture l’histoire est sorti ce printemps. C’est une bédé aux dessins dynamiques, avec des scènes d’action fulgurantes. C’est une fable digne de l’époque des films noirs, avec des antihéros et des antagonistes qui ont des motifs compréhensibles. Les conséquences de leurs actions sont néfastes pour la plupart des personnages auxquels on s’attache.

The Private Eye innove en montrant un futur rétrograde (vous imaginez-vous vivre sans Bdmétrique ?) et lance des discussions essentielles sur la place que prend l’anonymat dans notre société actuelle.

8/10

The Private Eye

Auteurs : Brian K. Vaughan (scénario) Marcos Martin (dessins)

Éditeur : téléchargeables sur www.panelsyndicate.com (2015)

150 pages en anglais ou espagnol

 

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