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source : La grosse tête, éd. Dupuis, 2015.

par Mathieu T

Alors que les artisans de la reprise de Blake et Mortimer s’évertuent à faire du Jacobs plus vrai que l’original, ceux de la série Le Spirou de… (en parallèle à la série-mère) s’en donne à cœur joie, atteignant des sommets artistiques avec Le Journal d’un ingénu d’Émile Bravo en 2008. Cette fois-ci, c’est le trio composé de Makyo (Ballade au bout du monde), Toldac (Les Bozons) et Tehem (Zap) qui est au volant.

Fantasio le journaliste décide de devenir romancier et d’écrire un bouquin basé sur ses aventures (et celle de son groom de compère bien sûr), particulièrement les événements décrits dans La mauvaise tête (Franquin). Mais qui dit fiction dit distorsion de la réalité ; Fantasio redistribue les cartes de l’Histoire pour se mettre en avantage.

Le roman est un bide monumental. Toutefois, un producteur de cinéma s’y intéresse et veut faire de Spirou une méga-vedette hollywoodienne. La machine s’emballe, l’engouement est vertigineux et la tête de Spirou s’enfle à vue d’œil, au grand dam de son ami Fantasio totalement relégué aux oubliettes. Les esprits s’échauffent. Que deviendra leur (in)destructible amitié ?

Vous l’aurez deviné, La grosse tête est un pastiche extrême qui s’amuse à pousser ses personnages un peu plus loin que la ligne éditoriale traditionnelle de Dupuis. L’humour est plus trash (nos deux héros croisent le fer à souhait), les personnages sont tous un peu cons, égocentriques ou carrément impolis. Les auteurs critiquent aussi à grands traits le star-system et sa meilleure amie, la société de consommation.

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source : La grosse tête, éd. Dupuis, 2015.

Est-ce réussi ? Oui et non. L’idée de départ n’est pas mauvaise et je ne déteste pas voir Spirou un peu moins parfait qu’à l’habitude. Les auteurs auraient pu aller plus loin dans leur entreprise de déconstruction du mythe Spirou, un peu comme l’avait fait Tome et Janry avec le troublant Machine qui rêve (tome 46). Mais le public n’est peut-être pas prêt.

Là où le bat blesse, c’est le récit en soi. Il est ennuyeux. Même sous une forme complètement éclatée (les élucubrations de Yann par exemple), Spirou a toujours été une bédé d’aventures sans le classicisme sérieux de Tintin. Ici, l’action tourne en rond. Makyo et son frère ont bien essayé au milieu du bouquin de reconnecter avec QRN sur Bretzelburg (Franquin), mais la pâte ne lève pas. Où sont les folles poursuites, les tours du monde, les vilains mégalomanes (Zantafio ! Zorglub ! Vito la Déveine !) ? Comme un Sergio Leone sans coup de fusil, il manque cette folle énergie caractéristique des premiers albums. Et le dessin très jeunesse de Tehem ne parvient pas à sauver un projet qui pourtant aurait pu aller loin.

6/10

Spirou tome 8 : La grosse tête

Auteurs : Makyo et Toldac (scénario) Tehem (dessins)

Éditeur : Dupuis (2015)

66 pages plus bonus

 

 

 

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