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source : Sartre, éd. Dargaud, 2015.

par Dany Rousseau

Comme je le dis toujours, la biographie en bande dessinée est un art très délicat. Mettre en case la vie d’un artiste ou d’un scientifique est certainement l’un des exercices les plus périlleux du 9e art. Le mince équilibre entre le trop ou l’insuffisant se résume à peu. La maîtrise de l’ellipse est décisive et les exemples d’échec sont nombreux. Cependant, certaines tentatives sont heureuses et le Sartre (Dargaud) de la scénariste Mathilde Ramadier et l’illustratrice Anaïs Depommier peut être placé dans cette catégorie. Si de prime à bord, j’ai une antipathie profonde pour l’un des intellectuels les plus célèbres du XXe siècle, je dois avouer que le travail des deux auteurs est remarquable. Structurée autour d’une chronologie classique, la vie du philosophe est traitée de l’enfance à 1964, ses années les plus actives.

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source : Sartre, éd. Dargaud, 2015.

Sartre est un portrait exhaustif de l’homme. Tout y passe. Sa vie intellectuelle, ses engagements politiques, ses rivalités, sa vie sentimentale avec Simone de Beauvoir, indissociable du philosophe et omniprésente dans la bédé. La façon de marier les dialogues et les passages tirés des autobiographies de Sartre et De Beauvoir nous donne l’agréable impression que ce sont les acteurs qui se racontent. Les auteures ont réussit à mettre en case les évènements les plus pertinents de la vie de l’homme et en faire un tout intelligible, fluide et clair. Elles ne tombent jamais dans le piège de tout vouloir dire ou expliquer. La pensée de Sartre est du coup exposé de façon simple et accessible. Je comprends mieux pourquoi je déteste cet homme qui ne jurait que par la liberté, mais qui en même temps s’enchaîna au stalinisme. Sartre est aussi le portrait de cette époque bouillonnante d’idées du Saint-Germain des cafés et des boites de Jazz où les Vian, Merleau-Ponty, Camus, Malraux sont mis en scène.

Une brillante leçon de bédé biographique.

8/10

Sartre

Auteur : Mathilde Ramadier (scénario) Anaïs Depommier (dessins)

Éditeur : Dargaud (2015)

157 pages

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source : Glenn Gould, éd. Dargaud, 2015.

par Mathieu T

Mon collègue Dany, dans son texte sur Sartre, pose la question du rapport entre la bédé et la biographie. J’irais plus loin en demandant simplement : qu’est-ce qu’une vie mythique ? La vie d’une célébrité vaut-elle toujours la peine d’être racontée ?

Je trouve le cas de Glenn Gould fort à propos. Vedette de la musique classique, génie de l’interprétation pianistique, personnalité excentrique, voilà ce que je connais de lui. Mais y a t-il d’autres choses à connaître ? Passé la portée, que reste t-il de l’homme ?

Sandrine Revel, après de longues recherches, propose une relecture déconstruite de la vie de Gould, alternant les moments forts et touchants à d’autres où elle donne accès au monde foisonnant de l’intérieur de la tête de GG.

Le livre ouvre d’ailleurs sur de magnifiques cases qui naviguent entre l’onirisme et le lyrisme, un choix évident pour qui veut parler de Gould. Le reste du volume, superbe, est de même qualité. Revel mélange habilement acrylique, aquarelle et dessins texturés. Après une couverture plutôt quelconque, chaque page vaut le détour de l’œil.

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source : Glenn Gould, éd. Dargaud, 2015.

Le scénario vogue entre le passé et le présent, de la jeunesse de Gould à sa mort, sans réel fil conducteur sinon de nous proposer un voyage relativement introspectif. Revel insère aussi ingénieusement des commentaires de gens qui ont connu le bonhomme, ce qui donne une certaine profondeur critique à cette biographie imagée.

Le problème chez Gould, et je reviens au début de mon propos, est que ce n’est pas sa vie qui fascine (somme toute assez standard dans son anormalité), mais ce qu’il a à dire, bien sûr avec sa musique, mais aussi avec sa parole (il a beaucoup discuté de théorie musicale et de philosophie de la musique). Dans ce cas, « écouter » aurait peut-être été mieux que « regarder ».

Alors… Nécessaire ou pas cette bédé ?

7,5/10

Glenn Gould * Une vie à contretemps

Auteur : Sandrine Revel

Éditeur : Dargaud (2015)

128 pages

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