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source : L’échappée, éd. Futuropolis, 2015.

par Mathieu T

 

Ah ce titre, ce titre. Je n’arrive pas à m’enlever de la tête que l’échappée, c’est le joueur qui se dirige seul vers le gardien de but au prise avec toutes les angoisses existentielles possibles : tirer à gauche, feinter à droite ou utiliser mon revers ?

Le héros de l’histoire, un architecte en vue de New York, mène une vie rondement rodée : enfants, femme, travail, sorties le soir, cellulaire, tralala. Pour en ajouter, tourbillonnent autour de lui la vie occidentale crasse (surconsommation, pollution, obésité, futilité) et un monde tellement loin (guerres, famines, pénuries, exode). Un jour, il perd son portefeuille, ce qui déraillera la machine bien huilée. Notre héros, au bord de la crise, prendra le premier paquebot pour n’importe où à la recherche d’une réponse.

Ce récit parle et raconte, mais pas un mot n’est écrit. C’est le silence des lettres dans un bruit d’image. Gregory Mardon montre judicieusement que dans notre société contemporaine noyée d’informations, l’image a une place de choix. Le voilà qu’il nous propose une fable en trois temps, en trois modes d’exister, en trois couleurs distinctes : noir, bleu et vert.

Son dessin clair rappelle celui de Dupuy-Berberian ou, plus près de nous, Philippe Girard en plus doux. Le choix des trois couleurs est intéressant à première vue, mais le lecteur sent peu à peu le concept s’enfoncer dans sa gorge ; Mardon, sans en avoir l’air, pèse sur le crayon.

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source : L’échappée, éd. Futuropolis, 2015.

Toutefois, sous des couverts de neutralité morale, cette bédé, davantage un exercice de style qu’une réelle réflexion sur la condition humaine, tente de nous renvoyer à Rousseau, Huxley, Hume et j’en passe, mais sans réellement nous convaincre. Le lecteur ne comprends pas bien ce qui mène le héros à abandonner une vie somme toute heureuse ni ce qu’il cherche exactement. Les choix proposés (une vie à la The Prisonner, vraiment ?) sont trop simplistes pour vraiment enclencher une réelle introspection philosophique. Je ne suis pas particulièrement partisan de la nuance, mais ici elle aurait été bienvenue.

Et ce titre, peu subtil, qui dévoile tout et qui pose les balises d’une expérience cognitive qui n’arrive jamais. Finalement, L’échappée, c’est peut-être aussi Peter Stastny…

https://www.youtube.com/watch?v=aUiiRTzsazg

 6,5/10

L’échappée

Auteur : Gregory Mardon

Éditeur : Futuropolis (2015)

224 pages

 

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