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par Mathieu T

source : Carnets de thèse, éd. Seuil, 2015.

source : Carnets de thèse, éd. Seuil, 2015.

Qui n’a pas un copain enlisé dans un doctorat qui n’en finit plus de finir, tournant en rond comme un poisson rouge dans un bocal trop petit ? Qui n’a pas une copine qui, errant comme un fantôme au regard hagard, se promène dans les corridors de son université à la recherche de l’illumination ? Qui n’a pas goûté soi-même au monstre universitaire ?

Jeanne est une jeune enseignante idéaliste qui voit enfin son projet de thèse de doctorat sur Kafka être accepté à l’Université de Paris. Enthousiaste et ambitieuse, elle frappera un mur et désenchantera au fur et à mesure que les sessions s’écoulent, que les pages s’accumulent et que son sujet de thèse change.

Chronique à la fois tendre et grinçante du milieu universitaire, Carnets de thèse fait mouche et le lecteur rigole (parfois jaune je l’avoue). Les tentatives d’expliquer son sujet de recherche à ses parents, le directeur de thèse qui s’en contrefiche éperdument, les dédales administratifs, les obsessions sur Kafka qui contaminent la vie sociale ; Tiphaine Rivière, en toute connaissance de cause (elle est passée par là), multiplie les situations absurdes. Parfois, elle décroche même de son ton réaliste pour quelques envolées fantastiques (comme la description visuelle de la thèse de Jeanne) et c’est parfaitement réussi.

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source : Carnets de thèse, éd. Seuil, 2015.

L’humour en surface révèle aussi une critique plus profonde de ce système qui broie du jeune en moins de deux. Rivière souligne entre autres choses les salaires minables, les impacts sur la vie de couple et l’incroyable inconsidération pour les étudiants. Le sentiment général est qu’il y a peu d’appelés et que ceux qui le sont ne cognent pas à la bonne porte de l’existence. Le récit est porté par un dessin réaliste, sans trait particulier, mais avec la capacité de se mouler à toutes les situations. Sans problème, il nous fait croire à l’histoire de Jeanne.

Faiblesse de l’histoire, si l’en est une : il n’y a pas de punch, de revirement, de surprise. Dès les premières pages, le lecteur comprend que Jeanne met le pied dans un engrenage qui va la broyer vivante. Nous ne faisons que suivre sa lente agonie, avec humour bien sûr. Un grain de folie ou une finale plus joyeuse aurait peut-être été plus accrocheur, mais est-ce vraiment la réalité ?

Bon, je broie du noir maintenant…

7,5/10

Carnets de thèse

Auteure : Tiphaine Rivière

Éditeur : Seuil (2015)

180 pages

 

 

 

 

 

 

 

 

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