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par Mathieu T

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source : Le croque-mort, le clochard et l’assassin, éd. Dargaud, 2015.

Le western est genre cinématographique très campé. Il y a le village, le shérif, le desperado, le saloon, l’ivrogne, le train, la belle pute, etc. Les personnages sont classiques et les mœurs, disons, libérales. L’univers est facile à exploiter parce que restreint, mais il permet aussi un formidable jeu scénaristique de rupture en implantant justement un individu qui ne cadre pas du tout avec le reste. C’est la destruction du cliché western si fertile en ahuris ; pensons à Lapinot dans Western et aux série Lincoln, Gus ou W.E.S.T. Les frères Maffre, eux, proposent Elijah Stern, un croque-mort solitaire et cultivé.

D’emblée, la comparaison avec Undertaker apparaît dans votre tête, mais je vous arrête tout-de-suite ami lecteur ; là où Dorison nous rejoue habilement un Blueberry vêtu de noir, les Maffre suggèrent davantage une ambiance réflexive. L’un peut se lire sans nuire à l’autre ; chacun possède son propre terrain de jeu.

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source : Le croque-mort, le clochard et l’assassin, éd. Dargaud, 2015.

Un homme décède dans un bordel et Stern, en effectuant son boulot de fossoyeur, découvre que cette mort n’est peut-être pas si naturelle qu’elle le laisse paraître. S’installe alors un curieux western de mots et de silence où le passé n’est pas toujours très loin. Pas de scène d’action, pas de couleurs éclatantes, mais un récit profond et bien ficelé. Le dessin très détaillé aux teintes de poussières ajoute à la lourdeur des secrets.

Une histoire étouffante qui se termine judicieusement en un tome. Bravo.

8,5/10

Stern tome 1 Le croque-mort, le clochard et l’assassin

Auteurs : Julien Maffre (dessins) Frédéric Maffre (scénario)

Éditeur : Dargaud (2015)

64 pages

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source : le chat du rabbin, tome 6, éd. Dargaud, 2015.

Joann Sfar est un irréductible, un personnage entier. Il possède des opinions politiques tranchées qu’il partage abondamment avec tous (allez consulter son compte twitter), il n’a pas peur des débats et se moque bien des critiques et des idées contraires aux siennes (voir ici le débat sur le fait qu’il ne termine pas certaines séries et qu’il s’en fout). Il n’en fait qu’à sa tête et continue son propre chemin.

Pour certains lecteurs, cette attitude frondeuse est signe d’arrogance ou de mépris ; au contraire, elle est pour moi extrêmement rafraîchissante pour ne pas dire salutaire. Dans un monde constitué d’artistes majoritairement mous, apolitiques ou construits par l’opinion publique et le marketing, un franc-dessinateur comme Sfar, à la gâchette facile, montre qu’il existe encore des artistes qui ont des choses à dire autrement que par le canal des gros sous. Mais je m’égare.

Notre bon chat du rabbin avait retrouvé la parole dans le tome 5 et huit ans plus tard, il revient en pleine possession de ses moyens oraux. Sa maîtresse, la jolie Zlabya, est enceinte et le voilà jaloux comme un tigre, ce qui lui permet de philosopher longuement sur l’amour et les relations humaines.

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source : le chat du rabbin, tome 6, éd. Dargaud, 2015.

Il existe deux types d’album de Sfar : les travaillés bâclés et les bâclés travaillés. Ce tome 6 se situe dans la première catégorie. Plein d’intentions louables, cet album aux dessins plats et sans magie est bavard à la limite du pleurnichard. Disparus la féérie, l’humour, les répliques du rabbin, l’enchantement, tout ce qui faisait des tomes 1 à 5 un tout fantastique.

Comme quoi Sfar peut aussi prendre une fausse route.

5/10

Le chat du rabbin tome 6 Tu n’auras pas d’autre dieu que moi

Auteur : Sfar

Éditeur : Dargaud (2015)

56 pages

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