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source : Temudjin tome 2, éd. DM, 2015.

par Mathieu T 

Il n’y a rien de plus stimulant qu’un auteur qui prend d’assaut l’Histoire et la met à sa main. Il peut le faire sous la force de son analyse intellectuelle en nous montrant un angle inconnu (comme dans Grandes oreilles et bras cassés) ou par la puissance de son imaginaire en réinventant l’Histoire. Gengis Khan est justement un de ces personnages historiques que l’on présente trop souvent comme un tyran sanguinaire à la tête du plus grand empire ayant jamais existé. Mais Ozanah et Carrion brisent nos fausses vérités.

Après un premier tome épatant où le jeune Temudjin (le « plus fin acier ») poursuit sa quête initiatique auprès d’un père chaman, le voici dans Le voyage immobile à la tête d’un grand nombre de tributs avançant lentement pour aller renverser le tyran en place. Le combat de Temudjin est double. D’une part, il doit lutter contre ce général Blanc fourbe et impitoyable qui utilise la magie noire et d’autre part, il doit contrôler son monde intérieur, questionné par les esprits qui y habitent. Le grand Khan passe davantage de temps à méditer et à discuter avec l’Ayami, l’esprit de la forêt qui le suit partout, qu’à couper des têtes.

Mysticisme, voyage astral, malicieuse magie, légende, la merveilleuse chevauchée spirituelle de Gengis Khan continue. Bien sûr, il y a de sanglants combats. Bien sûr, Temudjin finit par devenir un grand leader mongol, mais au prix de combien d’incertitudes, de doutes, de silence, d’amour et de morts. Toute la puissance du scénario est là. Loin d’en faire une grande épopée cinématographique, Alexandre Ozanah propose un combat intérieur parsemé d’esprits revendicateurs et de troublantes légendes. Le lecteur a l’impression de revivre la genèse de sa propre existence.

Rarement, la fusion entre le récit et l’histoire n’aura été aussi évidente. Les dessins d’Antoine Carrion dictent le rythme du périple du héros. De grandes et petites cases aux teintes bleutées qui rappellent le travail de Nicolas de Crécy et celui, dans le trait, d’Hugo Pratt, construisent peu à peu le cheminement onirique du Khan sans jamais perdre le lecteur. Des steppes infinies à la moindre montagne, les images respirent et nous parlent davantage qu’un livre de Paulo Coelho. Elles nous ramènent au tout début de la présence de l’homme sur Terre, moment où les mythes prenaient formes.

Après un premier tome absolument époustouflant, Ozanah et Carrion terminent leur diptyque en beauté.

9/10

Temudjin tome 2 Le voyage immobile

Auteurs : Antoine Ozanah (scénario) Antoine Carrion (dessins)

Éditeur : DM (2015)

88 pages

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