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 Par Dany Rousseau

Pow Pow (2015) Cantin

Pow Pow (2015) Cantin

J’ai découvert Samuel Cantin en 2013 avec Vil et Misérable (Pow Pow). Dès les premières pages, j’ai compris que je venais de rencontrer un auteur qui savait titiller mon côté humour trash. Ayant relu plusieurs fois cette BD je fus toujours étonné de constater qu’à chaque fois elle me faisait autant rire qu’à ma première lecture. Ceci dit, j’étais donc évidemment excité de mettre la main sur le dernier opus du bédéiste, Whitehorse, publié encore chez Pow Pow et constituant le premier volet d’un diptyque dont la suite est prévue à l’automne 2016.

Dès l’introduction, je suis en terrain connu. Dans un cabinet de médecin, Henri Castagnette, un auteur passé date incapable de se concentrer sur l’écriture d’un roman historique ayant pour sujet Pépin le Bref, apprend qu’il souffre d’une étrange maladie qui déformera ses membres et fera enfoncer sa tête dans son buste avec l’affaissement de son cou. Atteint du syndrome de la tortue, Henri n’a plus que deux ans à vivre.

Pow Pow (2015) Cantin

Pow Pow (2015) Cantin

Si la prémisse est du Cantin pur jus, la suite change de cap. Whitehorse devient rapidement l’histoire d’un couple dans la vingtaine en pleine crise. Lui est plein d’ambitions mais en panne créative. Elle est une jeune comédienne très en demande. Même s‘ils s’aiment, Henri et Laura ne vivent plus au diapason, surtout depuis qu’elle est engagée pour jouer le rôle principal dans le dernier film du réalisateur vedette Sylvain Pastrami qui sera tourné à Whitehorse au Yukon. Dès lors, Henri dérape doucement vers la crise de jalousie pour terminer carrément en névrose. Il sent que Laura lui échappe et ne peut endurer de la voir prendre son envol sans lui, qui plus est, avec le réalisateur que le couple a tant aimé détester lorsque tout le monde criait au génie. Sylvain Pastrami est un personnage imbuvable, hybride insupportable, mi-Xavier Dolan, mi-gourou nouvel âge. Cantin nous offre une pièce d’anthologie alors qu’il entraine le couple à une réception chez le réalisateur. Henri exécrant les mondanités des gens du cinéma y découvre, atterré, le fameux Sylvain portant le kilt et coiffé d’une queue de cheval, expliquer à ses invités en admiration devant le maître, sa pratique de l’amaroli, une cure qui consiste à boire sa propre urine. Les nombreux malaises lors de cette soirée sont hilarants.

Pow Pow (2015) Cantin

Pow Pow (2015) Cantin

L’essentiel de l’action de Whitehorse se déroule autour de longues scènes logorrhéiques où Henri tentera de trouver mille et un arguments pour décourager Laura de travailler avec ce faux-cul de Pastrami. À mesure qu’Henri monologue et que s’installe en lui une paranoïa délirante, il nous donne l’impression de devenir une espèce de Woody Allen sur l’acide.

Cantin est un grand scénariste et surtout un dialoguiste exceptionnel. La répartie de ses personnages et les situations surréalistes où il les enfonce restent toujours un délice. Même si nous ne sommes pas dans l’univers d’un Vil et misérable ou de Phobie des moments seuls (Pow Pow), Whitehorse, plus ancré dans le réel, nous fait découvrit des aspects que nous ne soupçonnions pas chez Cantin. Si cette première partie comporte une certaine charge dramatique, la deuxième partie prévoit briser le ton.

Whitehorse m’a un peu déstabilisé en ébranlant mes attentes avec ses longues diatribes et ses phylactères fleuves s’écoulant sur plusieurs dizaines de pages. Cependant, j’ai aimé le nouveau Cantin plus intimiste et espère le retrouver rapidement.

 8.5/10

 Whitehorse

Auteur : Samuel Cantin

Édition : Pow Pow (2015)

216 pages

 

La Pastèque (2015) Cathon/Iris

La Pastèque (2015) Cathon/Iris

En 2013, La Pastèque créait la collection Pomelo consacrée aux guides ludiques et humoristiques. Nous avons pu découvrir sous cette étiquette Le bestiaire des fruits de Zviane, Mes Dinkys de Rémy Simard et évidemment La liste des choses qui existent d’Iris et Cathon. Le dynamique duo de la bédé québécoise, qui s’éclate sur son blogue maison et dans la revue Planche en spécialistes en bébés, reprend ici le collier dans un deuxième opus avec Encore plus de choses qui existent. L’ouvrage, divisé en articles dans lesquels les auteures nous racontent l’histoire de différents objets usuels, nous fait constater à quel point nous ignorions tout du pain, du divan ou du tapis.

 

Par conséquent, vous apprendrez que les premières miches de pains furent fabriquées par les vélocirapains, des dinosaures farinovores; que si les Romains mangeaient couchés sur un divan, ils dormaient aussi sur leur table et lavaient leur vaisselle dans le bol de toilette; que les gens trop pauvres pour se payer des tapis volants devaient se contenter d’un prélart volant. Vous pourrez alors dire que vous l’aurez lu dans Encore plus de choses qui existent d’Iris et Cathon, omniscientes de l’inutile.

La Pastèque (2015) Cathon/Iris

La Pastèque (2015) Cathon/Iris

Si j’apprécie le travail individuel de chacune de ces talentueuses bédéistes, je ne peux résister à l’univers qu’elles créent ensemble épisodiquement. Leur guide déjanté est rigolo, absurde et intelligent. Chaque article est monté en crescendo. Après quelques pages de délire bien tissé, Cathon ou Iris lance à chaque fois la réplique suivante au moment où l’on arrive au bout du gag : « Je pense que l’on a fait le tour. ». Un livre sans prétention, drôle, qui se glisse très bien dans un bas de Noël.

8/10

Encore plus de choses qui existent

Auteurs : Cathon et Iris

Édition : La Pastèque; collection Pomelo (2015)

116 pages

 

 

 

 

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