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source : Le joueur d’échecs, éd. Sarbacane, 2015.

par Mathieu T

Pour la première fois depuis les débuts de Bdmétrique, soit plus de deux ans et 200 critiques, je n’ai pas terminé une bédé. Houla, vous vous dites, ça doit être assez nul ! Et bien pas du tout. Au contraire, les dessins, sentant bon le crayonné et bien appuyés par de jolies teintes violacées, transportent agréablement le lecteur dans l’univers de l’après-guerre. Le scénario, tout en se collant au roman de Zweig, lui donne une épaisseur inusitée et une habile tournure scénaristique. Alors, quel est le problème ?

Je ne ferai pas de critique de l’interprétation du travail de Zweig par Humeau. Je voudrais plutôt prendre quelques lignes pour me positionner dans le débat : doit-on ou non adapter des œuvres originales dans un autre médium (j’exclue ici l’idée absolument épouvantable de refaire le même film, vide hollywoodien absolu). Passons.

Puriste à l’os, je suis d’avis qu’il ne devrait pas exister d’adaptation ou de réinterprétation d’une œuvre. D’abord, parce qu’il y a toujours une dilution du produit original, une espèce de souillure de l’esprit de l’œuvre qui se permet de faire dire des choses à un objet qui ne veut pas nécessairement s’exprimer ainsi. Ensuite, parce que la nouvelle œuvre rompt le lien mystique entre l’objet et le lecteur, comme si leur harmonie (le monde qu’ils créent ensemble) n’était plus valide. Finalement, parce qu’une herméneutique infinie se pointe à l’horizon, une interprétation de l’interprétation de l’interprétation et ainsi de suite, noyant l’idée originelle.

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source : Le joueur d’échecs, éd. Sarbacane, 2015.

Est-ce que je rejette tout ? Bien sûr que non. Il y a des interprétateurs de génie comme Kubrick ou Tardi, mais ils ne sont pas légion.

En toute honnêté 8/10

Le joueur d’échecs

Auteur : Thomas Humeau (librement adapté du roman de Stefan Zweig)

Éditeur : Sarbacane (2015)

124 pages

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source : Poussin 1er – tome 2, éd. Dupuis, 2015.

Poursuivons dans la veine littérature et bédés avec le dernier projet d’Éric-Emmanuel Schmitt. Ce dernier est un auteur reconnu, possédant une habile capacité à proposer des points de vue unique sur des événements très souvent longuement décortiqués. Pensons par exemple aux formidables L’évangile selon Pilate (2000) et La part de l’autre (2001). Le voici qui revient à la charge dans l’univers de la bédé.

Je l’écris tout de suite, c’est raté, ce qui surprend un peu vue la qualité du travail de l’auteur en général. Poussin 1er est un oisillon vivant sur une ferme qui, grâce à des aventures qui n’en sont pas, philosophe sur la vie de manière absurde et découvre que le monde n’est pas toujours tel qu’on le perçoit.

Malgré le dessin dynamique de Janry (zone Petit Spirou), la soupe colle au fond. Le lecteur ne rit pas, la mécanique du gag tombant autant à plat que Josée Chouinard aux Olympiques et les blagues arrivent aussi subtilement qu’un deux par quatre. Davantage, les propos philosophicomiques de Poussin sont d’une lourdeur à faire peur à Louis Cyr. Alors que ses romans et pièces de théâtre parle des choses de la vie sans nous parler des choses de la vie, ici la subtilité est au rencart et les réflexions sans saveur. Comme disait un de mes anciens professeurs : « si tu veux parler de Dieu, parle du lacet détaché. » Un principe que semble avoir oublié Schmitt.

Je lui pardonne, mais il ne faudrait pas trop qu’il recommence.

3/10

Les aventures de Poussin 1er – Tome 2

Auteurs : Éric-Emmanuel Schmitt (scénario) Janry (dessins)

Éditeur : Dupuis (2015)

66 pages

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