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Par Dany Rousseau

9782754811996

Futuropolis (2015) Igort

Que ce soit grâce à l’animation dans les années 70 ou plus récemment avec le manga, l’esthétique visuelle japonaise fascine l’occident depuis belle lurette. Plusieurs bédéistes européens se sont nourris de cet univers dès l’enfance et comme au Québec, leurs samedis matins étaient peuplés de Goldorak, Capitaine Flam, Candy et tout ce que le Japon fournissait comme animation dans la sphère francophone. C’est ainsi qu’à l’âge adulte ces artistes furent souvent attirés comme des aimants vers le pays du Soleil-levant. Qui plus est, l’appel de l’Est a été irrésistible lorsque les grandes maisons d’édition nippones ont commencé à ouvrir leurs portes aux « gaijins », comme ce fut le cas pour Baru ou De Crécy.

Igort, bédéiste italien qui nous a offert Les Cahiers russes et Les Cahiers ukrainiens (Futuropolis), nous livre ici dans ses récents Cahiers japonais (Futuropolis) une ode à la culture qui l’a fortement inspiré et nourri. Créant déjà des bédés se déroulant au Japon durant son adolescence en Sardaigne, Igort se sent lié émotivement à ce pays. Il ira même jusqu’à croire avoir été Japonais dans une autre vie! Finalement, réalisant son rêve, il débarquera à Tokyo en 1994 avec un contrat en poche de Kodansha, la plus grande maison d’édition japonaise pour qui il travaillera onze années.

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Futuropolis (2015) Igort

Si dans ses cahiers russes et ukrainiens l’auteur était davantage descriptif, flirtant avec le documentaire, ses cahiers japonais sont beaucoup plus personnels. Errant entre l’émotion, les anecdotes sur les malentendus culturels et les souvenirs, Igort en profite pour nous présenter des biographies d’artistes l’ayant marqué. C’est ainsi que l’on rencontre l’écrivain Mishima, le cinéaste underground Seijun Suzuki, la geisha mythique Sada et plusieurs mangakas.

Lire Igort me fit comprendre qu’en vérité je connaissais très peu le Japon, ne m’ayant jamais vraiment intéressé aux mangas outre ceux de Taniguchi. À 10 ans j’adorais Goldorak, mais je trouvais Albator efféminé, Démétan horriblement braillard et pour moi, les Japonais étaient tous des méchants comme dans Le pont de la rivière Kwaï. Tout ça pour vous confier que dans les cahiers d’Igort, j’ai découvert un univers et une sous-culture qui ont piqué ma curiosité. Le livre, quoiqu’un peu trop bavard, est remarquable par la façon avec laquelle il nous donne le goût de découvrir ce monde qui est à la fois moderne, souvent post-moderne et résolument ancré dans ses traditions. Certes, si Igort déplore dans son ouvrage la disparition de l’art de vivre à la japonaise, il nous fait en même temps sentir toute l’importance de la préséance de nombreux rites séculaires dans les codes sociaux et la vie quotidienne des insulaires.

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Futuropolis (2015) Igort

Le dessin somptueux de l’auteur contribue grandement à l’intérêt de cette bande dessinée hors norme. Changeant souvent de style selon le contexte de narration, l’Italien nous offre notamment de magnifiques pages réalisées à la manière des estampes japonaises ou en reproduisant de vieux mangas d’après-guerre. Un incontournable pour les amoureux du pays du Soleil-levant. Pour les autres, dont moi, une fenêtre ouverte sur une culture fascinante.

8/10

Les cahiers japonais; Un voyage dans l’empire des signes

Auteur : Igort

Éditeur : Futuropolis

181 pages

 

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