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Par Dany Rousseau:

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Gallimard (2016) Hussenot

 Victor Hussenot est un jeune bédéiste tout fraichement sorti de l’École des Beaux Arts de Nancy en 2010, mais tout de même très actif sur la scène de la bande dessinée. Pour son dernier ouvrage Les Spectateurs (Gallimard), qu’il a tout d’abord publié en anglais, Hussenot nous offre une œuvre étrange qui se rapproche davantage d’un poème illustré que d’une bande dessinée classique. Les Spectateurs raconte simplement quinze histoires à travers les yeux de quinze citadins anonymes. Chaque personnage raconte une anecdote ou une observation qu’il fait sur la vie urbaine. Par exemple, Hussenot constate que même si les voyageurs qui nous accompagnent lors d’un trajet de métro sont en principe toujours différents, parfois une personne sans que nous la connaissions deviendra familière parce qu’elle partage avec nous régulièrement le même wagon.

C’est tout le spectacle humain de la ville qui est mis en scène par un questionnement sur le sens de la vie en ville, sur tous ces destins qui se frôlent sans jamais se toucher. Je dois l’avouer, mon ouverture à la poésie et au symbolisme n’étant pas un de mes supers pouvoirs, Les Spectateurs en première lecture m’a laissé froid. À la deuxième reprise cependant, je reconnais certaines qualités à l’oeuvre. Plusieurs idées sont intéressantes, comme cette silhouette que nous suivons tout au long de l’histoire et qui devient chacun des protagonistes en enfilant un costume. L’effet d’intermède entre les saynètes est un choix narratif intéressant. Toutefois, le dessin très graphique et les personnages peu définis se résumant à une silhouette aux couleurs vives ne m’a pas emballé. Bref, c’est un ouvrage de qualités pour certains connaisseurs, mais pour ma part, l’exercice est plutôt sans intérêt. Les observations soulevées par l’auteur ne sont pas des trouvailles extraordinaires. J’aurais voulu être renversé, mais je suis resté indifférent.

6/10

Les Spectateurs

Auteur : Victor Hussenot

Éditeur : Gallimard (2016)

96 pages

 

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Soleil (2015) Bézian

Demeurons dans la catégorie bédé « ovni » en se penchant sur le dernier opus de Bézian, Le courant d’art (Noctambule). Je ne sais pas par où commencer pour vous décrire cette bédé qui n’en est pas vraiment une. Le livre, présenté en accordéon, est illustré avec de grands dessins sur des doubles pages, sans découpage ou case. Sans phylactère, les images y sont légendées à l’aide de quelques phrases en sous-texte ou en encadré. N’ayant pas vraiment de sens de lecture, chacune des deux couvertures – recto et verso – possède son propre sous-titre. Sur l’une on lit Le courant d’art; De Byrne à Modrian et sur l’autre… vous l’aurez deviné Le courant d’art; De Modrian à Byrne. Ainsi, nous pourrons découvrir alternativement dans un sens la vie et l’œuvre de Oliver Byrne (1810-1880), mathématicien irlandais qui en 1847 publia son fameux manuel de géométrie Les six premiers livres des éléments d’Euclide. Cet ouvrage qui fit révolution à l’époque voulait vulgariser les théorèmes de géométrie complexes du mathématicien antique Euclide. Pour ce faire, Byrne avait utilisé des diagrammes et des symboles colorés afin de remplacer les formules alphabétiques laborieuses du Grec. C’est ainsi que Byrne, dans une volonté de démocratisation d’un savoir, avait presque créé un beau livre d’art illustré à l’aide de formes géométriques blanches, noires et colorées avec les trois couleurs fondamentales : le rouge, le jaune et le bleu.

Dans l’autre sens, nous découvrons le destin de Piet Mondrian (1872-1944) peintre néerlandais. Pionnier de l’abstraction et instigateur du Bahaus, Modrian fera sa marque dans les années trente avec ses toiles représentants des formes géométriques aux trois couleurs fondamentales plus le noir et le blanc. Évidemment, chacune des pages du livre de Bezian est illustrée uniquement dans ces couleurs qui deviennent les personnages principaux de l’exercice de style de l’auteur.

L’idée brillante de ce livre est que peu importe le sens de lecture, les destins des deux créateurs à deux époques différentes se répondent d’une histoire à l’autre. Un lien quasi télépathique s’établit entre le mathématicien et l’artiste en faisant fi de la temporalité. Bezian unit en esprit Byrne et Mondrian qui semblent bénéficier d’une source commune d’inspiration; Byrne rêvant de Mondrian et Mondrian apercevant le fantôme de Byrne. Un bel album, une belle idée, un bel objet que l’on apprécie manipuler et qui se savoure lentement.

8.5/10

Le Courant d’art

Auteur : Bézian

Éditeur : Soleil – Noctambule (2015)

64 pages

 

 

 

 

 

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