Mots-clés

, , , , ,

Par Pedro Tambièn

Les arts n’étant plus aussi hermétiques qu’auparavant, nous avons de plus en plus accès à un mélange des genres. Pas seulement des films qui s’inspirent de bandes dessinées, mais aussi des bédés qui prennent une ampleur, un style cinématographique. Récemment, nous avons eu la chance de pouvoir lire une histoire digne des blockbusters américains mais créée par des maîtres du hors-champ et une épopée de revanche ralentie par la naissance d’un amour pas comme les autres.

Olympia

source : Olympia, éd. Aire Libre, 2015.

Commençons par Olympia de Bastien Vivès, Florent Ruppert et Jérôme Mulot. La première oeuvre du duo Ruppert & Mulot que j’ai lue était Le Royaume, fantastique oeuvre en format « grand quotidien » (2 pieds de longueur !), où des individus flottent dans l’espace de l’après-mort, et ont, logiquement, des discussions et comportements complètement décalés. Beaucoup d’absurde, beaucoup de poésie, et la certitude qu’on allait, avec ces fanfarons, toujours aller dans le hors-norme.

Quant à Bastien Vivès, je l’ai connu par Le goût du chlore, puis par ses recueils désopilants issus de son blogue, avant de tomber sur sa collaboration dans Last Man avec Sanlaville et Balak (https://bdmetrique.com/2015/02/03/lastman-tome-6/). Je partage avec Mathieu T l’amour de cette série, et je ne suis pas le seul à considérer Vivès comme une valeur sûre dans le monde de la bédé francophone.

Olympia est la suite de La Grande Odalisque, l’histoire d’une série de cambriolages dans des musées. Ne vous inquiétez pas si vous ne l’avez pas lue. Je suis moi aussi tombé en premier sur Olympia, et il est facile d’arriver en pleine histoire et de comprendre où en sont les personnages principaux, qui sont trois superbes filles adeptes de cambriolages de haute voltige pour faire fortune en vendant des oeuvres d’art de musées de prestige.

olympia 1

source : Olympia, éd. Aire Libre, 2015.

Au début du 2ème tome de cette histoire, l’une des trois comparses s’est exilée et est tombée enceinte. Les deux autres s’ennuient et font une grave erreur de jugement. Réunies, probablement pour la dernière fois, elles devront faire « le casse du siècle » pour rembourser une énorme dette.

Nous sommes loin du hors norme habituel de Ruppert & Mulot, ni de l’originalité des projets de Vivès. Il est vrai que cet Olympia ressemble à un film hollywoodien à la James Bond. Il y a des scènes d’action, des mafieux, du prestige. Cependant, la collaboration de Vivès et du duo R&M, autant dans les dessins que dans le scénario, donne un côté décalé à l’histoire qu’on ne trouverait pas dans des films à grand budget et grand public : de l’humour bizarre, des excès d’alcool et de drogue, une finale épique qui nous a réellement fait trembler, et, surtout, trois femmes possédant trois personnalités totalement différentes mais qui savent se différencier. En résumé, nous avons droit à un blockbuster intelligent, ce qui est plutôt rare.

7,5/10

Olympia tome 2

Auteurs : Bastien Vivès, Florent Ruppert et Jérôme Mulot

Éditeur : Aire Libre (2015)

132 pages en couleurs et en action

LNDS

source : Les nuits de Saturne, éd. Sarbacane, 2015.

La deuxième bande dessinée de ce panier de critique, Les Nuits de Saturne, est loin d’avoir l’ampleur ou l’ambition d’un grand tirage. Cette adaption du roman Carnage, constellation de Marcus Malte (Gallimard, 2008) est plutôt une histoire de revanche. Clovis sort de prison avec un seul objectif en tête : tuer William Faber, celui qu’il tient pour responsable de la mort de ses proches et de son emprisonnement. Sur le chemin de sa revanche, au milieu des flashbacks qui lui rappellent sa jeunesse gâchée, et entouré de fantômes qui le traitent de tous les noms, il rencontrera Cesaria, qui tombera éperdument amoureuse de lui et qui l’aidera à aller jusqu’au bout de son destin.

Dans ses grandes lignes, le scénario ne brille pas par son originalité, mais l’histoire d’amour sort des sentiers battus. Car malgré les apparences, nous ne sommes pas devant un couple homme-femme standard, mais devant des personnes en transition, dans leur tête et leur corps, alors qu’elles sont aussi impliquées dans un tourbillon de violence et de trahison.

LNDS1

source : Les nuits de Saturne, éd. Sarbacane, 2015.

Difficile de sortir indemne après la lecture de cette bande dessinée, dont les palettes de couleur de Pierre-Henry Gomont jouent avec l’obscurité, la sensualité, et les émotions des personnages comme des lecteurs.

9/10

Les nuits de Saturne

Auteur : Pierre-Henry Gomont (adaptation et dessin tirés de l’œuvre de Marcus Malte)

Éditeur : Sarbacane (2015)

160 pages en couleurs sensuelles

Advertisements