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par Pedro Tambièn

J’ai écrit cette chronique une semaine après les attentats qui ont frappé Bruxelles, quelques semaines après avoir visité cette ville si gentille et accueillante avec mon fils Pedro W. Tambièn. Il est difficile de ne pas penser à ce qui s’est passé là-bas lorsque ma chronique s’appelle « Des peurs et des rêves ». Mais c’est ce voyage et ces évènements qui m’ont redonné le goût d’écrire sur la bédé, après presque six mois d’absence. Nous survivrons à la connerie grâce à l’art et pour moi et Pedro W., ce sera en particulier grâce à la bande dessinée. Ou encore, pour reprendre les mots du légendaire Claude Poirier : « foquiouolle ».

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source : Peurs bleues et humour noir, éd. Cambourakis, 2015.

Sur son blogue, l’illustrateur américain Fran Krause a demandé à ses fans de lui envoyer une description de leurs peurs les plus bizarres. Il en a sélectionné une centaine et a illustré avec beaucoup d’efficacité sur une page ou presque chacune d’elle.

On passe au fil de ce recueil de l’humour absurde au rêve glauque, des peurs enfantines qui nous rappellent notre crédulité à cet âge jusqu’aux peurs de mourir de la manière la plus stupide. Des cauchemars irréalistes (des reflets de miroir qui nous happent) aux peurs d’arriver au mauvais endroit au mauvais moment et d’en perdre sa vie.

Malgré son style plus proche des comics indépendants, Krause dessine brillamment les cauchemars autant que les peurs plus comiques. Cependant, par son choix créatif et sa nature de consommation rapide (rappelons que ce livre est issu d’un blogue), le bouquin est divertissant, mais pas très consistant et facilement oubliable.

En revanche, Rachel Deville, avec son roman graphique La Maison circulaire, affiche ses ambitions dès le départ. Elle collabore avec Jean-Christophe Menu, ponte de la bédé francophone expérimentale et co-fondateur de la maison d’édition L’Association, et présente son opus avec une superbe couverture d’un rouge hypnotisant. Elle a aussi demandé à un psychanalyste d’en écrire la préface, puis cité le mystique Rainer Maria Rilke avant de nous mettre en abîme grâce à style de dessin détaillé et touffu (s’approchant de Mathieu Lehmann dans La Favorite de la même maison d’édition). On comprend que Deville a pris du temps et dépensé beaucoup d’énergie pour réfléchir à cette oeuvre et la créer.

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source : La maison circulaire, éd. Actes Sud BD , 2016.

On rentre dans cette maison circulaire comme si on rentrerait au milieu d’un film de David Lynch : peu de mise en contexte, changements de perspectives bizarres et chapitres décousus car chacun d’eux représente un rêve que Rachel Deville avait retranscrit à son réveil.

L’immersion est réussie et même si les rêves sont différents dans leur nature et que l’on aurait pu croire que cette maison était plutôt un recueil de nouvelles, on

peut remarquer une certaine trame narrative avec des personnages et des thèmes récurrents : la soeur jumelle, la peur de la maternité, la perte de repères… À vous donc de feuilleter cet album et d’interpréter la teneur de ces rêves.

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source : Peurs bleues et humour noir, éd. Cambourakis, 2015.

Peurs Bleues et humour noir

Auteur : Fran Krause (+ 95 commentateurs de son blogue)

Éditeur : Cambourakis (2015)

105 petites pages en couleur

6,5/10

 

 

 

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source : La maison circulaire, éd. Actes Sud BD , 2016.

                  La maison circulaire

Auteur : Rachel Deville

Éditeur : Actes Sud BD (2016)

216 pages en noir et blanc et rêve

8,5/10

 

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