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source : Dilemma, éd. Le Lombard, 2016.

par Mathieu T

J’ai une approche très puritaine de la bédé. Certes, j’aime beaucoup les scénarios éclatés, à la limite du Jodorowskisme ou ceux qui tiennent en une phrase, les dessins hallucinés ou ridiculement simples, mais en ce qui concerne la bédé comme objet, alors là pas touche ! Un album, c’est rectangulaire, bien numéroté, avec des cases à l’intérieur. Inutile de vous précisez que les hallucinations contextuelles de Marc-Antoine Mathieu par exemple (des trous, des miroirs, des spirales, un décalage d’impression et autres bidules) me laissent froides. Bien sûr qu’il faut des créateurs fous comme Mathieu pour faire avancer le 9e art. Sans Fred, les dessinateurs seraient encore à remplir studieusement les cases sans dépasser. Mais quand un livre qui arrive sur ma table de lecture me demande une heure pour comprendre par quel bout le lire, je pompe l’huile.

Dilemma participe dans cet esprit d’éclatement très moderne puisque les auteurs proposent au lecteur une fin alternative qu’ils peuvent aller lire sur le site de l’éditeur au http://www.lelombard.com/fin-dilemma. Ça me laisse, disons, dubitatif, mais restons calme. Voyons ce que nous offre les versions A et B de Dilemma (A avec Xénophon en haut et B avec Hitler).

Le récit débute avec la découverte d’amphores en 1934 par Michael Dorffman, un jeune archéologue allemand. La révélation de leur contenu deviendra un enjeu majeur puisque que Dorffman, aussi traducteur, démasquera leur secret pour entrevoir une terrible vérité : la prédiction, trois siècles avant Jésus-Christ, de notre histoire et celle de notre futur. Loin d’être une fumisterie, les textes sont issus du génie grec de Xénophon, Diogène, Socrate et Platon. Évidemment, à l’aube de la Deuxième Guerre mondiale, une telle découverte fait peur et Nazis, Alliés, sectes mystérieuses et hellénistes font tout pour mettre la main sur ces manuscrits.

Après deux lectures complètes de la bédé, mon impression reste mitigée. D’un côté, l’histoire est enlevante, rythmée et les sauts entre le présent (en Europe) et le passé (parmi les Grecs) sont précis et bien insérés. Le scénario, construit comme une horloge suisse, se dévoile logiquement peu à peu. Les discussion des philosophes sur le déterminisme poussent le lecteur à creuser davantage le sujet. C’est profond sans être lourd. Le dessin suit le flot, avec moults détails, représentant subtilement les émotions des principaux acteurs.

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source : Dilemma, éd. Le Lombard, 2016.

D’un autre côté, plusieurs éléments m’ont agacé. La question que je pose, sans vouloir vendre la mèche, est celle-ci : peut-on vraiment « fabriquer » l’Histoire dans ses moindres détails quand on sait qu’au contraire, elle est souvent la conséquence de faits purement issus du hasard ? De plus, depuis Les aventuriers de l’arche perdue, il semble de bon ton d’impliquer les Nazis lorsqu’il s’agit de courir après un artéfact magique/religieux/mystique. Ce qui était une idée géniale à l’époque me semble aujourd’hui bien épuisée, même si c’est produit sans faux pas comme dans Dilemma.

Les deux finales suscitent aussi deux interrogations : 1-D’un point de vue philosophique, le choix décisif de Dorffman procède plus de l’utilitarisme de John Stuart Mill que du déterminisme, le concept central de la bédé. 2-Pourquoi ne pas avoir inclut les deux finales dans la bédé ? Pour les obtenir, il faut soit acheter les deux albums, soit imprimer le fichier pdf recherché. C’est énervant.

Il ressort de mon propos légèrement confus que Dilemma est un joyeux fourre-tout positif et négatif.

7/10 ou 4/10 au choix

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source : Dilemma, éd. Le Lombard, 2016.

Dilemma

Auteur : Clarke

Éditeur : Le Lombard (2016)

134 pages

 

 

 

 

 

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