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Par Dany Rousseau:

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Pow pow (2016) Hellman

 Michel Hellman s’est fait connaitre en 2011 avec Mile-End publié chez Pow pow lors des premiers balbutiements de la maison d’édition. Français et québécois d’adoption, Hellman jetait alors un regard humoristique et allumé sur ce quartier qui donnait ses lettres de noblesse aux hipsters montréalais. Ce premier opus ayant rencontré un succès appréciable, Luc Bossé, le grand manitou des éditions Pow pow, espérait évidemment que son auteur lui ponde prochainement un Mile-End 2. Mal lui en prit, car Michel Hellman a eu beau vouloir faire plaisir à son éditeur, le deuxième chapitre de sa bédé urbano-ironique ne venait pas. Nouveau père, Hellman tourne en rond dans son appartement. Arpentant son quartier en quête d’inspiration, il constate que les boulangeries sans gluten, le kale à toutes les sauces, les cafés vintages et les condos de luxes bohémiens à 600 000 $ ne lui disent plus rien. Pour une raison qu’il ignore, il sent l’appel de l’ailleurs et cet ailleurs se trouve au nord du nord, le Nunavik.

Les barbus et les baristas super star peuvent toujours attendre, Hellman part à l’aventure et nous offre une bédé hybride entre le carnet de voyage et le grand reportage. Dès que l’avion de Hellman atterrit à Kujjuak et que le Nunavik commence à livrer ses secrets, nous comprenons que cette contrée est complètement méconnue par la majorité des Québécois. Même si ce constat est archi-cliché, Michel Hellman nous rappelle que le Nunavik est aussi grand que la France et peuplé de 11 000 habitants, dont 2200 à Kujjuak, répartis en 14 communautés reliées entre elles par le transport aérien.

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Pow pow (2016) Hellman

Avec une industrie du tourisme en pleine expansion, Hellman a décidé de se rendre en expédition au cratère du Nouveau-Québec et se payer un séjour d’observation de la migration des caribous à la baie d’Ungava. Tout au long de ses pérégrinations d’un village à l’autre et entre deux vols, l’auteur fait des rencontres et vit des anecdotes sur lesquelles il lance un regard à la fois lucide et fantaisiste. En plus de ses talents de conteur, Hellman, mine de rien, nous transmet plusieurs informations sur ce bout du monde que l’on ignore de façon générale. Saviez-vous que la gestion de l’eau potable est très complexe au Nunavik à cause du sol gelé à l’année? Ou encore que le sport préféré des Inuits est le golf et que chaque sac de golf possède non seulement un fer 9, mais aussi une carabine pour chasser les caribous qui pourraient perturber la partie?

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Pow pow (2016) Hellman

Ce qui saute aux yeux dans le périple de Hellman c’est que l’auteur se tient loin des thèmes habituels qui reviennent constamment lorsque l’on entend parler du Nord. Sans éviter le sujet de l’alcoolisme, la drogue, la violence et les conditions de vie parfois tier-mondiste, Hellman tente de nous faire voir ce peuple fier et accueillant sous un angle plus positif en nous donnant le goût d’aller à sa rencontre. Toutefois, malgré cette douce approche, on ne peut oublier l’actualité récente qui nous a rappelé la misère de nos peuples autochtones. Dans ce contexte, la bédé reportage de Hellman (l’une des rares dans la production québécoise contemporaine) devient pertinente et nécessaire. Hellman, en nous rappelant que l’Arctique, qu’on le veuille ou non, fait partie de notre identité nationale, nous suggère indirectement qu’il est bien temps de s’occuper de nos concitoyens du Grand Nord.

8.5/10

Ninavik

Auteur: Michel Hellman

Éditeur: Pow pow (2016)

149 pages

 

 

 

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