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Par Dany Rousseau:

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Delcourt (2016) Vollmer-Lo/Maurel

Aujourd’hui, Magda a 13 ans, mais on vient d’apprendre que l’humanité n’a plus qu’une année à vivre. Dès lors, tout se déglingue dans sa vie. Dans L’Apocalypse selon Magda (Delcourt) de Chloé Vollmer-Lo au scénario et Carole Maurel au dessin, on assiste impuissant à la fin de notre monde. L’une des premières conséquences de la catastrophe pour l’héroïne est la désertion de son père du foyer familial pour vivre sa passion avec la boulangère. Profondément ébranlée, Magda reste seule avec sa sœur ainée et sa mère anéantie. À l’école rien ne va plus; Léon son meilleur ami se met à fumer et expérimente plusieurs drogues. Julie sa copine quitte la ville avec sa famille pour faire un pèlerinage. Les conventions sociales qui ont toujours été claires deviennent de plus en plus floues.

Divisé en quatre parties correspondant aux quatre dernières saisons avant la fin, le scénario serré de Vollemer-Lo raconte comment en parallèle avec l’apocalypse annoncée, Magda au cours de sa treizième année devient petit à petit une femme. Les auteurs ont eu une idée brillante en croisant la fin du monde avec la fin d’un monde. Les transformations hormonales, la perte de repères, les passions libérées aux dépens de la raison sont toutes des analogies utilisées de façon intelligente sans surligner le soustexte de façon outrancière. De plus, au récit apocalyptique de Magda s’ajoute une bonne intrigue qui nous accroche tout au long des 190 pages et nous réservent une fin efficace. Comme dans le cas de Harmony  je ne suis pas le public cible, mais voilà encore une fois une bonne bédé sympathique pour un public adolescent.

8/10

L’Apocalypse selon Magda

Auteurs : Chloé Vollmer-Lo (scénario) Carole Maurel (dessin)

Éditeur Delcourt (2015)

190 pages

 

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Delcourt (2016) Pécaud/Mavric

Il va sans dire que le titre de cette bédé est percutant et donne le goût d’en savoir plus. Cette machine tue les fascistes (Delcourt) de Jean-Pierre Pécaud et Sénad Mavric aux dessins est inspiré d’un vieux western, Winchester ’73, qui raconte l’histoire d’une carabine qui passe d’un propriétaire à l’autre. Dans la bédé de Pécaud, la carabine est remplacée par un tank, le Josef Staline-2 et l’Ouest américain sauvage par l’URSS de la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Sorti des usines de Tankograd en Oural en février 45, ce tank est le 500e réalisé par l’ingénieur Serguei Souvarov. Ayant perdu sa famille à Stalingrad alors qu’il travaillait sous les balles allemandes dans la fameuse usine Barricade, l’ingénieur est motivé par une haine viscérale des nazis. C’est ainsi qu’il jettera son dévolu sur l’IS-2 pour qu’il devienne l’instrument de sa vengeance. Afin de poser sa marque sur son œuvre, il y fera inscrire Cette machine tue les fascistes, phrase inspirée par le grand-père du folk américain Woody Guthrie qui avait fait inscrire « This machine Kills the Fascsits » sur sa guitare.

Tout au long des 80 pages de l’album, nous suivrons le destin de ce char d’assaut et des équipages qui se succèderont aux commandes du blindé. Le char sera présent sur la scène finale du Front de l’Est, à Berlin en avril 45, à Budapest en 56, à Cuba en 61, en Angola en 80 et en Afghanistan. À travers le tank, nous révisons à vitesse grand V l’histoire militaire de l’URSS, de la victoire de 1945 à la chute de l’empire rouge.

L’histoire de l’ingénieur obsédé suivant son tank sur tous les théâtres d’opérations et pour lequel il développe une relation quasi charnelle n’est pas une mauvaise idée; elle prend toutefois du plomb dans l’aile lorsque l’on apprend les motivations de sa vengeance. Je ne dis pas que perdre sa famille dans le siège de Stalingrad n’est pas une raison pour vouloir détruire l’univers, mais on nous savonne tellement tout au long du récit avec la vengeance et la colère de Souvarov que l’on s’attendait à un punch plus percutant en conclusion. Tout va trop vite dans cette bédé : on ne s’attache pas aux personnages et la fin trouve le moyen de frustrer le lecteur en nous laissant dans l’ignorance des raisons de la présence de la carcasse du tank en Afghanistan en 2001.

Sans être un parfait flop, cette bédé trouvera sûrement son public. C’est un récit d’aventures historique enlevant où les explosions et les coups de force sont nombreux. Le dessin est bien réalisé et documenté. C’est le dessin standard d’un genre que je respecte, mais qui ne m’attire pas outre mesure.

6.5/10

Cette machine tue des fascistes

Auteurs : Jean-Pierre Pécaud (scénario) Senad Mavric (dessin)

Éditeur : Delcourt

80 pages

 

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Kana (2016) Tatsuta

Tout le monde se souvient du tsunami qui dévasta une partie du Japon le 11 mars 2011 à la suite d’un tremblement de terre frisant 9 à l’échelle de Richter. Tout le monde aussi se rappelle de la grande peur qui suivit la catastrophe lorsque l’on a appris qu’un réacteur de la centrale atomique de Fukushima avait explosé. Pire accident nucléaire depuis Tchernobyl en 1986, les efforts pour éviter que Fukushima ne se transforme en catastrophe planétaire furent titanesques. Il fallut le courage de milliers de travailleurs qui se précipitèrent au coeur du danger afin de reprendre le contrôle des émissions radioactives qui s’échappaient des ruines de la bête. Une fois cette tâche effectuée, un nettoyage digne des écuries d’Augias dû être entrepris et se poursuivra encore 40 ans.

Un mangaka sous le nom d’emprunt de Kazuto Tatsuta s’est joint en 2012 à ces ouvriers. Il nous livre aujourd’hui son témoignage dans le premier tome du manga Au cœur de Fukushima (Kana). Se tenant loin des débats pro ou anti nucléaire qui furent engendrés par la catastrophe, Tatsuta avec moult détails s’en tient à son expérience stricte, aux tâches qu’il accomplit, à l’organisation du travail de la centrale et aux relations d’amitié qu’il y développe. Se démarquant de la surproduction de manga qui nous inonde, Au cœur de Fukushima est une bédé reportage qui a remporté un vif succès au Japon.

Les intentions de l’auteur sont de nous informer et nous entretenir d’un sujet dont on entend peu parler, soit le travail de ces héros du quotidien. Malheureusement, Tatsuta multiplie les détails qu’il répète de nombreuses fois et alourdit grandement le propos. Il est très intéressant de connaitre les nombreuses mesures de sécurité qui protègent les travailleurs dans un environnement hostile. Mais répéter mainte et mainte fois le protocole, les étapes, les explications de sécurité…. Ça devient vite lourd.

En bref, un témoignage passionnant où rien ne nous est caché, mais parfois l’auteur semble vouloir étirer la sauce et surtout le temps.

7/10

Au cœur de Fukushima t.1

Auteur : Kazuto Tatsuta

Éditeur : Kana

188 pages

 

 

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