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source : La ballade de Sean Hopper, éd. Sarbacane, 2016.

par Mathieu T

 

Dès la première page, le lecteur est happé par les mots. Pas les images, pas le récit, les mots, ces foutus sons qui sortent de la bouche d’un enfant déjà trop vieux.

« Après le départ de ma mère, mon père a passé tout son temps sur sa véranda. À faire du bouche-à-bouche à des bouteilles d’alcool de maïs. Jusqu’à ce que l’une d’entre elles lui chuchote d’aller se jeter du pont qui enjambe la Jefferson River. L’année de mes cinq ans. » (p.7)

De mémoire, je ne me souviens pas avoir lu des phrases aussi puissantes. Un bon scénario ou d’habiles dialogues, soit. Mais pas d’écriture de cette force. Peut-être parce que l’histoire est tirée du roman du même nom de Martine Pouchain. Peut-être. Néanmoins, le résultat est coup-de-poing.

L’album débute au fin fond de l’Amérique pauvre, celle métissée, exploitée et parquée dans des villes fantômes. Au centre, Sean Hopper et sa colère, contre lui-même et le monde qui l’entoure et qu’il essaie de calmer à coup de bouteilles de bière. Sa misérable vie à l’abattoir du coin, sa relation amour-haine avec Bonnie, son père qui perd un peu plus la boule à chaque jour. Pour Hopper la vie est un enfer.

Tout ce beau merdier est raconté par l’oeil vif d’un petit amérindien cherokee, témoin naturel d’une triste société. Puis, un soir après une cuite catégorie AAA, Hopper fait un terrible accident d’auto qui l’amène tout près de la mort. Lorsqu’il se réveille à l’hôpital, il sent qu’il n’est plus le même homme.

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source : La ballade de Sean Hopper, éd. Sarbacane, 2016.

La ballade de Sean Hopper est certes le récit de la rédemption d’un homme, un long parcours difficile parsemé de silence, mais aussi celle de toute l’Amérique en entier, de son rapport aux minorités, de sa conception de la violence, de sa quête perpétuelle de la terre promise. Hopper, brute antipathique, concentre en une seule personne 350 ans d’Histoire mis à mal.

Le dessin de Merlin rappelle un peu celui de Stassen, mais en moins stylisé et précis. Ce trait crispé et fuyant décrit parfaitement le héros ; il est difficile d’imaginer Hopper sans cette personnalité toujours en ébullition. Les couleurs dominantes d’orange, de brun et de bleu appliquées par double page créent un contraste intéressant avec la tempête qui rogne Hopper. Le lecteur est constamment balancé entre le volcan et la mer.

« C’était une journée comme je les aimais, sans rien à mettre dedans ». (p.66)

Une ballade de la mort sans répit. Un des albums de l’année.

9/10

La ballade de Sean Hopper

Auteur : Christophe Merlin

Éditeur : Sarbacane (2016)

158 pages

 

 

 

 

 

 

 

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