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source : Stupor Mundi, éd. Gallimard, 2016.

par Mathieu T

Au milieu du 13e siècle, le monde catholique romain est dominé par une personnalité hors du commun, l’empereur Frédéric II, donc le charisme, la culture et l’indépendance vis-à-vis le pouvoir papal créèrent un mythe aussi imposant que les hautes montagnes. Il reçu de son vivant le surnom de « Stupeur des mondes » (stupor mundi).

Esprit scientifique, il fit construire plusieurs châteaux afin de regrouper les plus grands esprits de son temps et financer leurs recherches et expérimentations. Le récit de Stupor Mundi débute d’ailleurs dans l’une de ces forteresses située dans la région des Pouilles en Italie. C’est le branle-bas de combat, car Hannibal Qassim el Battouti, l’un des plus grands savants de Bagdad, arrive en ces lieux sévères pour poursuivre son travail. Il est à deux doigts de mettre au point une machine qui bouleversera le monde entier et a besoin du savoir de ses collègues chrétiens et de leur immense bibliothèque. Évidemment, l’arrivée d’un Maure aussi extravagant trouble le calme ambiant des corridors sombres et ne fait pas l’affaire de tous.

Je l’écris tout de suite, c’est un excellent coup de Gallimard d’avoir publié l’œuvre d’un auteur peu connu jusqu’à maintenant. S’inscrivant directement dans la lignée sérieuse de la maison, Stupor Mundi est un formidable roman graphique qui nous ramène à l’une des grandes questions du Moyen-Âge : où est la limite entre la science et la foi ? Construisant un monde imaginaire, mais totalement inscrit dans l’Histoire (les personnages véridiques côtoient les fictionnels), Néjib traite de la connaissance et du savoir à travers des sommités en la matière. Le templier Von Salza, grand maître des lieux, Gattuso de Sienne le bibliothécaire ou Fibonacci le mathématicien, tous contribueront à cette immense joute intellectuelle qui se terminera dans le sang, on s’en doute bien. Davantage, comme l’a si bien fait Umberto Eco avec Adso dans Le nom de la rose, Néjib ajoute deux interlocuteurs qui apporteront une certaine dose d’humanité dans cette guerre de pouvoir : Houdé, la fille handicapée d’Hannibal et El Ghoul, son serviteur. Par eux, au fond véritable héros de la bédé, le récit prendra une épaisseur psychologique insoupçonnée.

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source : Stupor Mundi, éd. Gallimard, 2016.

Afin de garder le ton sérieux de la démarche, Néjib a opté pour un trait noir, mélange de plume encre de chine et de fusain, tout en posant une couleur et ses teintes par case. Celles-ci, produites à la main, donnent à l’ensemble un effet manuscrit très inspirant. Au final, rien de flamboyant, mais un dessin qui prend tout son sens à mesure que l’intrigue se développe et qui garde en tête la fameuse machine qu’el Battouti veut bâtir.

Une superbe lecture riche et foisonnante qui illumine notre triste époque.

9/10

Stupor Mundi

Auteur : Néjib

Éditeur : Gallimard (2016)

284 pages

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