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9782352832966FS

source : Colt Frontier, éd. Mosquito, 2016.

par Mathieu T

 

Pour bien des amateurs de bédés, le nom de Sergio Toppi ne leur dit rien. Pourtant, il est l’un des maîtres de l’école classique italienne avec Hugo Pratt caractérisée par l’utilisation du noir et blanc. Décédé en août 2012 à l’âge de 80 ans, Toppi a laissé un formidable héritage bibliographique et une influence importante sur des auteurs comme Frank Miller.

La maison d’édition Mosquito présente ici un recueil de six récits parus entre 1976 et 1988 dans divers magazines italiens. Ces nouvelles ont un sujet commun : la ruée vers l’or du Grand nord canadien et américain. Sans résumer chacune des histoires, elles ont la particularité de se concentrer sur un personnage fort : un amiral ermite, un marchand véreux, un samuraï armé de pistolets, un noble amérindien, un voleur vertueux, un homme abandonné en forêt.

De plaisants récits certes, mais qui manquent à la fois de piquant et de rebondissements (les événements sont assez prévisibles) et surtout de véracité. Le lecteur a l’impression de regarder une version édulcorée d’une période dure et difficile. L’ensemble se veut réaliste mais oscille curieusement, malgré un propos et un dessin adulte, vers le conte pour enfant.

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source : Colt Frontier, éd. Mosquito, 2016.

Par contre, ce dessin, digne représentant du travail de Toppi, vaut le détour. Noir, blanc, hachuré, ligné, anguleux, aux angles surprenants, plein, texturé, détaillé, il est en soi une matière vivante et rien n’est à l’abris de ce déferlement toppiesque : hommes, animaux, nature. C’est tout simplement superbe.

Dommage que le scénario frôle la banalité.

7/10

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source : Le concile des arbres, éd. Dargaud, 2016.

Colt Frontier

Auteur : Sergio Toppi

Éditeur : Mosquito (2016)

92 pages

 

 

 

 

Dix-neuvième siècle. Toutes les nuits, une douzaine d’enfants d’un hôpital royal, sous le contrôle d’une force obscure, se lèvent et se dirigent sur le toit de l’établissement pour chanter des incantations dans une langue inconnue. À leur réveil au petit matin, les enfants ne se souviennent de rien. Le ministère public des affaires privées (hé oui) décident d’envoyer leurs deux meilleurs agents, Casimir et Artémis, pour enquêter. Mais ce qu’ils découvriront dépassera leur entendement (et le nôtre aussi).

Comment dire. Cette bédé m’a archi-énervé. Elle contenait tous les éléments qui d’habitude font que je m’empiffre comme un glouton heureux sans me poser de question : le fantastique, l’enquête policière, les religions perdues, les héros bien campés. Mais au lieu d’être un petit plaisir coupable comme la série W.E.S.T., Le concile des arbres est une bouillie indigeste et inconsommable.

Clairement, les auteurs ont essayé de recréer une espèce d’X-Files à l’ancienne et de peur de rater leur coup (ou de bien nous faire avaler la couleuvre), ils ont tout mis. Tout. L’hôpital sombre et lugubre, le directeur mystérieux, le savant fou, les agents qui tombent en amour alors que 20 pages avant, ils ne se connaissaient pas, un patron qui gueule, des incantations, des dieux maléfiques, une forêt maudite, des druides, de l’action ni queue ni tête (comment sortir les héros du pétrin ? Hop, un aimable frère encore jamais vu), des personnages mal définis (l’infirmière sotte qui soudainement possède une culture historiographique phénoménale), des incohérences en voulez-vous en voilà (ça se passe en Angleterre, mais les héros ont des noms français), des trous dans le scénario (personne ne s’inquiète d’un agent qui disparaît). L’histoire aurait dû se développer sur trois albums, mais en aurait-on voulu ?

Le dessin traîne les pattes du côté de Loisel et la proposition de nous offrir une héroïne roulée comme Marylin Monroe nous ramène loin en arrière. Il y a encore un public pour les gros décolletés ? Il faut croire que oui.

Une lecture frustrante impossible à prendre au deuxième degré.

3/10

Le concile des arbres

Auteurs : Pierre Boisserie (scénario) Nicolas Bara (dessins)

Éditeur : Dargaud (2016)

64 pages

 

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